Il a démarré en créant un service de Minitel Rose, il est aujourd’hui à la tête de l’une des + grosses fortunes de France, adulé par les uns et honni par les autres, Xavier Niel ne laisse personne indifférent. Pour les médias il est ce qu’ils appellent « un bon client », qui ne mâche pas ses mots et qui garantit de bonnes audiences. Il est surtout connu pour être celui qui a révolutionné l’internet puis le mobile en France. Il est parfois comparé au regretté Steve Jobs. Portrait de cet « irréductible gaulois » qui ne craint personne, pas même un géant comme Google qu’il défie depuis quelques semaines…

L’aventure professionnelle de Xavier Niel démarre donc en 1984 avec la création d’un service de Minitel Rose. 7 ans + tard Xavier Niel rachète une société concurrente dans ce secteur de la messagerie rose, Fermic Multimedia, qu’il rebaptisera Iliad, et dont il est aujourd’hui encore, à la fois l’actionnaire principal, le vice-président et le directeur de la stratégie. En 1995 il investit dans ce qui sera le 1er fournisseur d’accès à internet (FAI), WordNet.

freeMais l’aventure de l’internet démarre réellement avec la création de Free, en 1999. Free révolutionne l’accès à internet en proposant les premières offres triple-play, via une box, le tout pour 29,90 € par mois, soit presque moitié moins cher que les offres des concurrents de l’époque. La stratégie de Xavier Niel est simple, en tant que nouvel entrant sur un marché, pour capter rapidement un nombre important de clients, il faut apporter de l’innovation et être agressif sur le prix. En 2004, Free devient le 2ème fournisseur d’accès à internet à proposer le dégroupage, permettant ainsi à ses abonnés de s’affranchir de l’abonnement à France Telecom pour leur ligne fixe. Le 1er FAI à avoir agi ainsi fut Alice…qui fut racheté par Free en 2008, ce dernier étant désormais le 2è FAI en France, derrière Orange mais devant SFR et Bouygues.

Xavier Niel est également un parfait communiquant. Les publicités de Free furent d’ailleurs mythiques par leur impertinence (Crétin.fr, Rodolphe) puis ensuite très inspirées de celle…d’Apple, un mimétisme dont on va reparler plus loin. Le natif de Créteil aime aussi démarquer son entreprise de la concurrence : quand les autres opérateurs s’entêtent à faire des boxs au design + que banal et que l’on cherche plutôt à dissimuler, Xavier Niel fait appel à Philippe Starck pour dessiner une Freebox Revolution qui fait pratiquement de cette box un objet de décoration.

Xavier Niel est également un investisseur-né, il possède des parts dans MediaPart, Deezer…et en 2010 il lance un fonds d’investissements, Kima Ventures, qui deviendra rapidement l’un des + actifs au monde par son nombre important de participations, principalement dans des startups. Mais le + grand projet de Xavier Niel à ce moment-là est de lancer Free dans le marché de la téléphonie mobile et en 2009 l’entreprise met 240 millions d’euros sur la table pour acheter la licence lui permettant de devenir le 4è opérateur désiré par le gouvernement de l’époque et autorisé par l’ARCEP.

Xavier Niel a déjà compris à ce moment-là que le futur de l’internet serait « mobile », ce n’est d’ailleurs pas un hasard si de rachats en regroupements nous en sommes arrivés à la situation suivante où les 4 principaux FAI en France sont à présent Orange, SFR, Bouygues et Free, qui sont également…les 4 opérateurs de téléphonie mobile. D’ailleurs à terme chacun d’entre eux est appelé à n’être plus qu’un opérateur mobile, en effet l’essor de la 4G, la fonction de partage de connexion dont dispose désormais les smartphones et qui leur permet de se muer en routeur Wi-Fi, et l’émergence des tablettes sont autant d’élément qui vont dans ce sens.

C’est pour cela que le 22 septembre 2011, Free investit 271 millions d’euros pour l’acquisition d’une licence 4G. Démarre alors une vaste campagne de communication notamment via les réseaux sociaux , le 13 décembre Xavier Niel pour son premier tweet publie « the Rocket is on the launch pad » annonçant l’arrivée imminente de Free Mobile qui interviendra le 10 janvier 2012.

Ce jour-là Xavier Niel convoque la presse pour une keynote digne d’Apple (on y revient !) et ses annonces font l’effet d’une bombe dans le secteur de la téléphonie mobile, avec un forfait tout compris et sans engagement à 19,90€ (15,90€ pour les abonnés Free). Au cours de cette conférence on a même le droit à une sorte de « one more thing » si chère au regretté Steve Jobs avec l’introduction d’un petit forfait à 2€ (gratuit pour les abonnés Free). Il démontre également par sa prestation sur scène qu’en France aussi une entreprise peut-être incarnée par son patron, comme on le voit souvent aux USA.

Là encore la stratégie fut bien pensée, dissocier l’achat du mobile de son abonnement permettant de réduire le coût de ce dernier. C’est donc la contrepartie à ces tarifs low-cost, Free Mobile ne subventionne pas l’achat des téléphones comme ses concurrents (mais propose tout de même de le financer à crédit) et tous les autres opérateurs choisissent peu à peu la même direction. Et malgré ces bas tarifs, Xavier Niel l’assure : Free Mobile fait encore de la marge. Le but est aussi d’attirer par ce biais les clients pour ensuite leur vendre d’autres services. Un peu comme les hypermarchés qui multiplient les promotions pour faire venir les gens dans leur magasin et ainsi leur vendre autre chose une fois qu’ils y sont entrés, et ça marche puisque Free est le FAI qui a le + fort ARPU (chiffre d’affaires mensuel moyen réalisé par une entreprise avec un client). Et en 1 an, + de 5 millions d’utilisateurs ont fait un bras d’honneur à leur ancien opérateur pour rejoindre Free Mobile.

Un succès qui rejaillit sur l’ensemble du groupe Iliad. L’entreprise a vu son chiffre d’affaires passer de 160 millions d’euros en 2002 à 3,15 milliards d’euros en 2012 pendant que dans le même laps de temps le revenu net est passé de 23,8 millions d’euros à 186,5 millions d’euros. Enfin derniers chiffres très parlants, sur l’année écoulée l’action Iliad a progressé de 79% à la Bourse de Paris et a vu sa valeur multipliée pratiquement par 9 sur la dernière décennie.

5260010047_0cb78eafa5_bLa prochaine étape sera le déploiement de la 4G, sur laquelle Free semble en retard sur ses concurrents. Sauf que ce n’est pas tout à fait le cas. En effet Xavier Niel a d’ores et déjà expliqué que les antennes 3G installées par Free Mobile pour constituer son réseau, sont compatibles 4G et permettront ainsi à l’opérateur de couvrir 50% du territoire dès qu’il se lancera sur ce marché-là, soit bien + que les 3 autres opérateurs. Et nul doute que ce jour-là, ce sera une nouvelle fois sur le prix de l’abonnement que Free Mobile frappera un grand coup.

Mais avant d’en arriver là Xavier Niel continue à faire parler de lui notamment en permettant aux clients de Free de bloquer la publicité sur la Freebox, quitte à remettre en cause pour cela la neutralité du net. C’est un missile envoyé en direction de Google dont l’une des principales sources de revenus est justement la publicité sur internet. En effet parmi les services de Google il y a YouTube, très consommateur en bande passante pour les FAI, et tel un irréductible gaulois, Xavier Niel entame un bras de fer avec le géant américain en essayant d’obtenir une monétisation de l’explosion du trafic internet dont YouTube est responsable en partie. Mais ce conflit n’est pas une bonne nouvelle pour les abonnés de Free, car même si ces derniers peuvent bloquer la publicité sur le net, ils disposent en revanche d’un accès très difficile à YouTube, surtout en soirée quand le trafic internet est le + important.

Face à cette inquiétude, le patron de Free conseillera à ses abonnés d’utiliser plutôt la plateforme concurrente, à savoir DailyMotion…Simple hasard ou non, toujours est-il que l’on a appris en fin de semaine dernière que Xavier Niel s’était porté candidat au rachat de DailyMotion justement (après l’échec de Yahoo en ce sens) et aurait même déjà fait une proposition financière pour l’instant jugée insuffisante.

En tout cas Xavier Niel ne manque jamais d’idées et cet entrepreneur à toujours un projet en route ou à venir. Le dernier date du 26 mars dernier, jour où il dévoila « L’école 42″, un établissement dédié à la programmation et aux métiers techniques du numérique. Les élèves sélectionnés auront accès gratuitement aux formations dispensés par cette école à partir de novembre prochain, sans que ne soit requis pour les prétendants un quelconque diplôme…voilà qui correspond bien à l’esprit autodidacte de Xavier Niel.