Virginia « Ginni » M. Rometty, 55 ans, vient d’accéder au 1er janvier 2012 au poste suprême de Chairman, President and Chief Executive Officer (CEO) du géant IBM, au terme de près de 30 années passées au sein de la firme américaine. En prenant ainsi la direction d’un groupe qui vient de fêter son centenaire, et qui consacre pour la première fois une femme à sa tête, elle rejoint le club très fermé des dirigeantes les plus puissantes de la planète business.


Issue du sérail

Avec en poche un diplôme en informatique et génie électrique, obtenu en 1979 à l’université Northwestern, Virginia Rometty entre d’abord chez General Motors. Dès 1981 elle rejoint la firme IBM (sigle de International Business Machines Corporation) à Détroit en tant qu’ingénieur système. Elle occupe ensuite diverses fonctions de direction dans la vente et le marketing, sans liens directs avec l’activité de constructeur de l’entreprise ; elle compte dans sa clientèle un panel de métiers qui incluent la banque, les assurances, les télécommunications, l’industrie et la santé.

En 1991 elle rejoint l’activité de conseil d’IBM, et en devient bientôt directrice générale pour la zone Amériques, tout en prenant aussi en charge la stratégie et le marketing au niveau mondial du groupe. En 2002 elle a notamment pour mission l’intégration dans le groupe du cabinet PriceWaterhouseCoopers (racheté pour 3,5 milliards de dollars) et de ses 100.000 consultants. Elle mène à bien cette opération malgré les risques encourus – les personnels de PWC ont des habitudes de travail d’une grande indépendance, bien éloignée de la culture plus hiérarchique de l’IBM de l’époque… – et parvient à limiter la fuite des cerveaux. Ce succès lui offre le rang en 2005 de « senior vice president ».

En 2009, elle prend la direction des ventes à l’échelle mondiale, en conservant le marketing et la stratégie. Elle pilote l’expansion de la division Growth Markets (marchés émergents), ainsi que celle de l’activité Analytics, qui combine les logiciels d’exploration de données (data mining) et l’expertise des services. Virginia confesse à ce sujet : « Dans ce domaine il ne s’agit pas de prendre des marchés, il s’agit d’en créer« .


Un choix évident pour IBM

Dans la compétition interne pour la succession de Samuel Palmisano, à la tête du groupe depuis 2002 – et atteint par la limite d’âge – , elle acquiert une position de favori vis-à-vis de ses rivaux que sont Michael Daniels (activités de services),  Rodney Adkins (matériels) et Steven Mills, à la tête de l’activité des logiciels, pourtant concurrent de premier plan, mais d’un âge proche de celui du sortant.

Logo actuel d'IBM

Sa nomination est annoncée le 25 octobre 2011, avec effet au 1er janvier 2012, Samuel Palmisano conservant la présidence du conseil d’administration. Celui-ci a cru bon de préciser que le choix de Virginia Rometty ne répondait en rien à un quelconque souci de parité, mais bien aux seuls mérites de l’intéressée, et à la volonté de faire progresser « Big Blue » face à une concurrence toujours plus exacerbée. Il l’a exprimé ainsi dans un communiqué : « La pensée stratégique à long terme de Ginni et son attention portée à la clientèle marquent nos initiatives de croissance, du cloud computing aux outils analytiques en passant par la commercialisation de Watson« .

Avec ce choix, IBM devient l’une des plus grandes entreprises au monde à être dirigée par une femme. Parmi les autres acteurs du secteur des technologies de l’information,on peut citer également son concurrent Hewlett-Packard, qui en septembre 2011 a porté à sa tête Meg Whitman, ancienne patronne d’eBay, et Xerox, dirigée par Ursula Burns. Pour l’année 2011, le salaire annuel de Virginia Rometty s’est élevé à 715.000 $, auquel il faut ajouter les stocks-options exercées, pour une rémunération réelle de 3,15 millions de dollars.


Et côté famille ?

C’est lors de son passage chez GM que Virginia Rometty a rencontré son mari Mark ; mariés depuis 33 ans, ils n’ont pas d’enfants. Tous deux amateurs de plongée sous-marine et de théâtre à Broadway, ils restent extrêmement discrets sur leur vie privée. Toutefois, il est évident que Virginia n’aurait pu effectuer une telle carrière sans le soutien inconditionnel de son mari. Celui-ci, comme beaucoup d’époux de « female chief executive officer » (même s’ils sont encore bien peu nombreux, et si le sujet demeure tabou…) aura choisi de mettre entre parenthèses sa propre carrière professionnelle – il gère seul la Bam Oil Company, petite officine de « services d’affaires à but non lucratif » située en Floride, deuxième lieu de résidence du couple après New York.

Virginia Rometty ne manque pas d’ailleurs de remercier son mari à ce sujet, en racontant volontiers qu’au début de sa carrière, quand on lui a proposé un super job, elle a hésité, ne pensant pas avoir les épaules, demandé un délai de réflexion… Rentrée chez elle, son mari lui a dit : « Do you think a man would have ever answered that question that way ? I know you, you go do it, you’re going to — six months you’re going to be bored. » [Crois-tu vraiment qu’un homme puisse jamais répondre ainsi à ce genre de question ? Je te connais, tu vas le faire, tu vas y arriver, dans six mois tu commenceras à t’ennuyer]


Ci-dessous : Paul Rand, designer officiel du logo d’IBM, a également réalisé ce logo « informel » qui circule dans la société… l’oeil « I », l’abeille « bee », et le « M ». Et pour mémoire, le tout premier logo d’IBM (utilisé de 1924 à 1946, représentant le globe, ceinturé du mot « international »)

Logo_informel_IBM                  Logo originel d'IBM de 1924 à 1946