Vincent Lévêque : Bonjour Geoffrey, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Geoffrey Dorne : Je suis designer, j’ai monté ma société de design, et puis je travaille dans le numérique, dans l’imprimé, dans le web, dans les affiches, dans les identités visuelles. J’ai également un blog qui s’appelle graphism.fr, dans lequel je publie des informations, des actualités sur le design, sur la créativité, sur les technologies de la créativité, sur la typographie par exemple. Je travaille dans cet atelier depuis maintenant 2 ans avec les Éditions Volumiques.

VL : Tu as donc créé ton entreprise?

GD : Oui, j’ai créé une SAS. J’ai passé ma première année en entreprise, ça fait 8 ans que j’étais indépendant. Là, ça fait 1 an que j’ai créé ma société et la deuxième année s’annonce plutôt bien aussi!

VL : Comment s’est passé la création d’entreprise?

GD : J’ai été pendant 7 ans à la Maison des Artistes, un organisme qui permet de faire travailler les designers et graphistes indépendants. Et puis je me suis dit, comment se mettre un peu en danger, comment apprendre des nouvelles choses et prendre de nouveaux risques ? L’idée, c’est qu’une société, c’est l’occasion de pouvoir embaucher, de pouvoir travailler sur des projets plus gros et de répondre à des appels d’offres. J’ai donc contacté un comptable, j’ai fait toutes les démarches auprès des impôts, auprès de l’administration. Ensuite, j’ai commencé à développer une vision, car c’est très important, quand on est chef d’entreprise, d’avoir une vision sur son métier et sur sa propre entreprise : pour pouvoir savoir dans quelle direction aller, avec quels clients travailler, et savoir comment s’organiser : comme un chef d’orechestre, en quelque sorte!

VL : Quel a été ton parcours?

GD : J’ai fait pendant 5 ans les Arts Décoratifs de Paris, c’est une École Nationale Supérieure. C’est une très bonne école dans laquelle j’ai appris le design graphique (imprimé) et le design numérique. Dans mon métier, j’ai toujours aimé d’un côté la programmation, le code et de l’autre, les belles affiches, les belles typos, le papier : j’ai toujours essayé de mélanger tout ça. Après, j’ai fait un laboratoire de recherche en design, pendant 2 ans, sur le design émotionnel, sur la communication phatique et toutes les notions de design subtiles.

VL : Peux-tu nous présenter quelques-uns de tes projets?

GD : Dans le laboratoire de recherche, j’ai travaillé sur la communication émotionnelle et toutes les notions de design plutôt orientées sur les choses sensibles et les interactions entre les gens. J’ai donc créé un projet qui s’appelle neen.fr : c’est une façon de communiquer plus sensible. On peut glisser des choses sous une « porte » en passant par son téléphone, on peut interagir de façon plus émotionnelle et beaucoup plus intime également.

Sinon, en dehors de ce travail de recherche, j’ai aussi réalisé sublyn.com (il y a aussi une application iPhone). L’idée, c’était de faire un plan du métro de Paris, mais en HTML5 (donc léger, fluide, simple, sans publicité et rapide d’accès, c’est-à-dire toute la simplicité que j’attends d’un projet design intéressant) et avec les tweets. Donc, si je vais sur la ligne de RER A, de RER B, ou la ligne 13 par exemple, je clique et j’ai ce qu’il se passe dans le métro sur Twitter. Donc les gens décrivent la situation du train, où il en est, il y a aussi des gens qui disent ce qu’il se passe dans le métro, il y a des anecdotes, on retrouve vraiment la vie et le pouls du métro pour faire ressortir le côté vivant du métro, et pas juste les annonces officielles de la RATP comme on connaît d’habitude!

VL : Comment utilises-tu les réseaux sociaux?

GD : Les réseaux sociaux, c’est quelque chose que je n’ai pas pris pour mon travail au départ : je suis sur Twitter et sur Facebook depuis longtemps. Pour moi, Twitter est surtout mon « open space » virtuel dans lequel j’interagis beaucoup, j’essaie beaucoup de répondre aux gens lorsqu’ils me posent des questions ou qu’ils me demandent des conseils. Dans l’idée, c’est aussi de pouvoir apprendre des réseaux sociaux (dons des gens) et d’arriver à articuler une pensée design avec ces gens-là. Cela permet de tester des choses : des fois je fais des petits projets, je les lance sur la toile et je regarde ce qu’il se passe. On a un feedback direct grâce aux outils sociaux.

VL : L’innovation est très présente dans tes projets?

GD : L’innovation, le terme « innover », ça veut dire « réinventer les choses », mais pour créer quelque chose d’utile, de nouveau et avec d’autres paradigmes. Dans l’idée, sans innovation, le design n’a pas forcément un intérêt. Il faut toujours aller au-delà et essayer de voir les choses autrement, les détourner, etc. Personnellement, pour moi, c’est un moteur énorme.

VL : As-tu des conseils pour les jeunes qui souhaiteraient créer leur entreprise?

GD : Il faut s’armer de courage déjà, de patience aussi (beaucoup), il faut avoir une vision, car c’est très important de savoir où l’on veut aller. Il faut être prêt aussi à ce que cette vision puisse changer au fur et à mesure des événements. L’entreprise qui part d’un point A ne va pas forcément aller vers un point B, mais peut être vers un point C ou même quelque chose qui sera un B’ ! Il y a vraiment cette notion de maléabilité de l’entreprise : en fonction des clients avec lesquels on travaille, ça peut modifier réellement une entreprise, et en fonction du contexte dans lequel on évolue, ce qui peut aussi changer les choses.

Après, il n’y a pas trop de secrets : il faut bosser énormément, et toujours se fixer des objectifs sur du long-terme (comme je le disais plus tôt, avoir une vision) mais aussi sur du très court-terme, en étant d’un côté très efficace et de l’autre innovant. Quand je fais du consulting pour des grandes entreprises, on définit un ADN, l’ADN de la marque, l’ADN de l’entreprise. On définit des grands principes, des grandes notions-clés, avec lesquelles on va saupoudrer les projets, et ça, pour moi, c’est très important. Sur chaque projet que je réalise, et sur chaque projet que les gens peuvent réaliser, il faut qu’il y ait ces notions-clés pour que ça vienne donner un esprit, une vision globale de l’entreprise pour que l’entreprise soit unique, et qu’elle ne soit pas juste un truc de plus qui ne marchera pas.

VL : Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

GD : Toujours aller dans la direction dans laquelle je veux aller, sans trop d’embûches !

VL : Merci Geoffrey !