Aujourd’hui 5 octobre 2012, cela fait exactement un an que Steve Jobs, le flamboyant patron et créateur d’Apple, s’est éteint à son domicile de Palo Alto, CA, des suites d’un cancer rare du pancréas, contre lequel il se battait depuis 2003. Il avait 56 ans, et affaibli par la maladie, avait laissé les rênes de la firme à la pomme à son second, Tim Cook, le 24 août 2011 – revoir notre article à ce sujet.

 

Un génie visionnaire

Steve Jobs, c’est l’histoire bien connue d’un jeune type génial qui bidouille à 20 ans dans les circuits imprimés, puces et autres premiers micro-processeurs. L’informatique, née à la fin des années 50, commence à peine à s’ouvrir au « grand » public – du moins parmi les plus attentifs à l’innovation technique – et la course à la miniaturisation démarre. Les machines telles que l’Altair 8800 (considéré comme le tout premier micro-ordinateur) sont encore lourdes, pesantes, peu attractives ; elles nécessitent des manipulations spécifiques et compliquées. Et surtout, les premiers amateurs doivent les assembler eux-mêmes car le produit est vendu en kit auquel on peut rajouter des éléments, cartes d’extension, etc.

Avec son pote Steve Wozniak, fou d’électronique comme lui, Steve Jobs assemble en 1975 ses premières machines dans le garage familial ; il a déjà compris le potentiel d’une machine déjà assemblée, prête à utiliser pour des quasi-néophytes, dotée par exemple de nombreuses polices d’écriture à espacement proportionnel (une idée tirée de ses cours de calligraphie à l’université). Apple est officiellement créée le 1er avril 1976 et deviendra société en 1977.

Le nom vient tout simplement du régime « pomme » que Jobs, strictement végétarien, est en train de suivre. Accessoirement, ce nom lui permet de figurer dans l’annuaire devant celui d’Atari, la firme en vue de l’époque, qui commercialise les premières consoles de jeux d’arcade, et dans laquelle Steve Jobs a fait ses débuts de salarié. Ladite pomme sera ensuite partiellement croquée en 1977 (génial logo, inventé par Rob Janoff (*) – la version avec les bandes de couleur sera utilisée jusqu’en 1986)

 

 

Être le premier, et le meilleur

La suite est encore mieux connue : au début des années 80, Steve Jobs saisit vite tout le potentiel commercial de l’interface graphique et de la souris, développés au départ par Xerox. Il s’approprie sans vergogne cette technologie encore balbutiante, arguant que les responsables de Xerox « ont raté le coche en n’ayant pas conscience du potentiel de leurs produits, quand ils auraient pu devenir les maîtres de toute l’industrie informatique« , et cela aboutit à la création du Macintosh en 1984, la première machine star d’Apple.

En 1985, suite à des dissensions internes avec son Directeur Général John Culley, qu’il a débauché de Pepsi-Cola, Steve Jobs quitte la société qu’il a créée, emmenant avec lui quelques-uns de ses meilleurs éléments, et fonde NeXt Computer. Il y imagine notamment le port Ethernet, la notion de courrier électronique, et va très vite consacrer les innovations de la société au développement du World Wide Web, né en 1990 (à ne pas confondre avec l’Internet)

En 1986 il va racheter la division « graphisme par ordinateur » de Lucasfilm, bientôt renommée Pixar. La société vivote à pertes jusqu’au partenariat signé avec Disney, qui permet de sortir en 1995 le film Toy Story, dont la recette globale s’élève à 362 millions de dollars. Par la suite de nombreux films (1001 pattes, LE Monde de Nemo, Cars, etc) connaîtront le succès, et seront quasiment à chaque fois couronnés de l’Oscar du meilleur film d’animation.

Fort de ces succès, Steve Jobs aura l’intense satisfaction de pouvoir racheter ensuite Apple, quasiment au bord de la faillite, en 1997. Il y reprend vite la main sur l’innovation, et multiplie les lancements de produits qui vont asseoir sa puissance : iMac en 1998, iPod et iTunes en 2001. Surtout, il invente en 2003 la notion de musique dématérialisée avec l’iTunes Store. Et l’iPhone, lancé en juin 2007, sera le point d’orgue de ces produits au succès fulgurants : un appareil révolutionnaire, doté d’un écran tactile multi-touches, d’un navigateur web et d’un iPod intégré. L’iPad arrive début 2010, puis l’iCloud, le « nuage numérique » où tous les contenus personnels stockés par les utilisateurs sur leurs différents appareils peuvent être partagés. Derrière, la concurrence essaye péniblement de suivre…

 

Que reste-t-il de Steve Jobs ?

À partir d’août 2011, après quatorze années de montée en puissance sous la direction de son charismatique patron et au gré des fluctuations du marché, Apple est l’entreprise la plus riche au monde par sa capitalisation boursière, son trésor de guerre dépassant notamment celui du gouvernement des États-Unis. Aujourd’hui encore, sur ce seul critère de richesse, cette première place reste incontestable (631 milliards de dollars contre « seulement » 427 milliards pour Exxon Mobil, le second sur la liste) Le bénéfice attendu pour 2012 est de l’ordre de 42 milliards de dollars, et l’action a progressé en un an de 81 %.

Mais beaucoup d’acteurs du secteur s’interrogent aujourd’hui sur l’avenir de la firme à la pomme… Steve Jobs, patron charismatique mais ultra-perfectionniste, au management impérieux, exigeant, voire dictatorial, obsédé par le design, la beauté et la simplicité des produits, mais surtout avant tout par l’innovation, aurait-il permis la sortie de l’iPhone5, médiocre clone – en beaucoup plus cher – du modèle précédent ? La « nouvelle » mouture de l’iPad au printemps dernier n’avait déjà pas non plus convaincu.

Et sans compter les bugs de la dernière application de cartographie, qui ont conduit la firme à s’excuser platement auprès de ses clients, voire (le comble !) à leur conseiller d’avoir recours aux applis de la concurrence, type Google Maps. Steve Jobs a dû s’en retourner dans sa tombe, lui qui était capable de virer avec pertes et fracas les personnels qu’ils jugeait incompétents, comme lors du naufrage du service payant MobileMe, lancé en 2008 et remplacé par l’iCloud – gratuit – en 2011.

Certes, Apple conserve encore son image de produits magiques au design épuré, totalement inter-connectés entre eux (d’où tentation de « collectionnite » aiguë), qui s’intègrent parfaitement dans votre salon et surtout vous donnent le sentiment d’appartenir à « une élite ». Certes, les fans sont encore capables de faire la queue devant les magasins plusieurs jours avant le lancement de l’iPhone5. Mais Apple parviendra-t-elle à survivre sans Steve Jobs, sa puissance de créativité, et surtout son immense génie du marketing ? La question peut d’ores et déjà se poser, et la concurrence est aux aguets…

(*) [A lire] Interview de Rob Janoff, créateur du logo d’Apple