Après un démarrage fulgurant en 2009 et une levée de fonds deux ans plus tard, MakeMeReach stoppe son activité de régie et trouve un second souffle en se consacrant au développement de son outil « AdsOptim ». Rencontre avec un jeune chef d’entreprise résolument positif et qui « en veut » !

Je suis accueillie dans les locaux parisiens, sur fond sonore du baby-foot autour duquel se détendent quelques employés : chez MakeMeReach, on pense que lier plaisir et travail est l’une des clés de l’implication et de la motivation de l’équipe.

Lali Dugelay : Pierre-François Chiron, merci d’accorder cet entretien à Business Actor. Pouvez-vous présenter votre parcours, et nous raconter l’histoire de MakeMeReach ?

Pierre-François Chiron : Je suis sorti de l’EPITA (ingénierie informatique) en 2005. J’ai d’abord intégré en tant que CTO une petite strat-up (5 personnes) qui proposait un outil dans le monde de la compta (il s’agissait de scanner des factures et de sortir des lignes d’écriture comptable). Ensuite j’ai intégré une start-up plus importante (30 personnes), Intercim, rachetée depuis par Dassault System : j’étais en charge de traduire les besoins des clients en spécifications techniques pour les développeurs. Il s’agissait d’un outil permettant de gérer la chaîne de montage dans l’aéronautique et qui est utilisé aujourd’hui par Boeing et Airbus notamment. En parallèle de cette activité que j’ai occupée jusqu’à fin 2008, je me suis lancé dans la création d’applications sur Facebook avec un camarade de promo, Franck Tetzlaff. Franck a développé un jeu tout début 2009 qui s’appelait « Petites questions entre amis » et qui a connu un beau succès : en l’espace d’une semaine on comptait 3 millions d’utilisateurs sur la plateforme. Je l’ai aidé pour essayer de monétiser le trafic, parce qu’avec 3 millions d’utilisateurs il fallait gagner un peu d’argent pour payer au moins les serveurs. On a ensuite cherché à brancher de la pub sur l’application mais on n’a trouvé aucun acteur en France pour le faire. On estimait alors que FB ne durerait pas et que donc ça n’intéresserait personne. En cherchant aux Etats-Unis nous avons trouvé des régies qui elles avaient déjà l’habitude de le faire depuis quelques. On a donc pu brancher la pub et dans la foulée, l’application a généré 30 à 40 000 euros par mois de revenus.

Lali Dugelay : On peut donc dire que vous êtes précurseur sur ce marché en France ?

actu_7092_vignettePierre-François Chiron : Absolument : personne d’autre en France ne développait de jeux sur FB à ce moment-là. Nous avons vu qu’il y avait une place à occuper sur ce marché. De là, Franck a monté Kobojo, qui est un des gros éditeurs de jeux aujourd’hui sur Facebook en France, et moi j’ai monté une entreprise qui allait monétiser tous ces jeux-là. Voilà comment Kobodjo et MakeMeReach se sont lancés. A partir de là, dès la mi-2009, MakeMeReach a développé une activité de régie : nous diffusions de la publicité dans les jeux de Kobodjo et dans les jeux d’autres acteurs. Fin 2009, NRJ nous a contactés pour nous demander si nous étions capables de développer pour eux une application pour les NRJ Music Awards. Nous avons répondu oui, et développé une application dédiée en janvier 2010, qui a eu plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs. De fil en aiguille, nous avons gagné en notoriété et c’est ainsi que Publicis Net (aujourd’hui l’agence Marcel), est venu nous solliciter et que de notre collaboration est née la grosse opération Oasis en 2010 qui a fait un carton avec 65 millions de parties jouées sur FB et iPhone. Nous avons alors mené de front deux activités : une activité de régie et une activité de développement d’applications. Aujourd’hui, l’activité de régie a disparu : on l’a stoppée définitivement en août 2012. Depuis on a relancé une autre activité début 2012 : la plateforme « AdsOptim » qui permet de gérer et d’optimiser les campagnes de pub sur FB. Aujourd’hui c’est qu’on vend, et c’est ce sur quoi on mise pour l’avenir.

Lali Dugelay : Combien comptez-vous de collaborateurs, quel est leur profil ?


Pierre-François Chiron :
Nous sommes une douzaine, alors que nous comptions plus de 25 salariés du temps de la régie. En stoppant l’activité régie il a fallu se séparer à regret d’une partie du personnel parce qu’il n’y avait plus de raison de continuer sur une telle charge alors que nous n’avions plus les revenus correspondant. L’équipe, jeune, est composée pour moitié d’ingénieurs qui développent les applications, l’autre moitié étant composée de commerciaux qui tentent de décrocher de nouvelles campagnes, et d’account managers qui gèrent les campagnes des clients actifs.

 

Lali Dugelay : Pourquoi avoir stoppé l’activité régie ?

Pierre-François Chiron : C’est lié à plusieurs phénomènes. D’une part les éditeurs avec lesquels nous travaillions ont eu du mal à s’en sortir, FB ayant fait pas mal de changements sur la plateforme, et donc nous constations tous les mois que le trafic que nous envoyaient les éditeurs était de plus en plus faible ; d’autre part à trafic équivalent on avait de plus en plus de mal à monétiser correctement la publicité sur la plateforme : l’effet découverte étant passé, et les résultats n’étant pas à la hauteurs des espérances qualitatives, les annonceurs se sont désengagés petit à petit de ce genre de format. Du coup nous nous retrouvions tous les mois à diminuer le chiffre d’affaires de l’activité régie. Il nous a fallu dire stop et nous consacrer à la croissance de l’activité applications qui nous semblait vraiment prometteuse. De fait le temps nous a donné raison : cet outil de gestion d’optimisation lancé en août 2012 est en forte croissance tous les mois.

Lali Dugelay : Développez-vous un produit différent pour chaque client ?

ads-tree_FRPierre-François Chiron : Pour être précis, on ne développe pas le produit pour le client : on développe le produit tel que nous on l’imagine, on a une roadmap sur 12 à 18 mois qui nous indique la direction dans laquelle on pense aller et la direction qui semble la plus pertinente, et on la développe selon ces objectifs. A 90 % il s’agit d’un développement général, et de temps quand il y a une fonctionnalité demandée par un seul client mais qui nous semble pertinente pour l’ensemble de nos clients, on la développe pour l’ensemble.


L’outil est vendu de 2 manières. Il est vendu à la fois en mode auto-géré qui permet au client de gérer ses campagnes tout seul. Et il est vendu aussi sur un modèle où l’on va s’occuper de gérer nous-mêmes la campagne depuis l’outil pour le client. Sur les 30 clients, on en gère 7-8 en interne, les autres sont auto-gérés.

 

Lali Dugelay : Votre société a été créée en 2009. Où en êtes-vous des objectifs que vous vous étiez fixés à l’époque ? A quoi avez-vous consacré l’argent obtenu par la levée de fonds de 2011 ?

ads-bilanPierre-François Chiron : On a fait une levée de fonds pour deux raisons. D’une part pour essayer de développer l’activité de régie, mais nous n’y sommes pas parvenus puisque l’activité n’existe plus. D’autre part pour développer cet outil : nous avions senti qu’à un moment nous allions stagner sur notre activité de régie et il fallait donc faire en sorte de partir sur un marché qui soit plus porteur, celui du FacebookAds, en forte croissance. Sur la partie outil, nous nous situons au-delà de nos espérances avec une progression mensuelle à deux chiffres depuis son lancement.

Notre produit « AdsOptim », plateforme de gestion et d’optimisation de la publicité sur FB, permet de brancher les campagnes publicitaires de manière bcp plus intuitive et de manière bcp plus évidente et bcp mieux guidée que les outils que propose FB. Notre outil permet vraiment d’être guidé : vous dites que vous voulez acquérir du fan et on va vous proposer les différents formats qui vont correspondre, on va guider l’utilisateur pour faire en sorte qu’au final il ait choisi le bon format et qu’ensuite il ait un reporting qui lui permette de voir que telle campagne tourne mieux que celle-ci et que donc peut-être il va falloir couper celle-ci, etc. Le reporting se fait en temps réel : au moment où vous branchez votre campagne, dans les 3 minutes qui suivent vous êtes capable de voir ce qui se passe et de pouvoir ajuster la courbe. C’est ce qui fait la qualité de cet outil, contrairement aux outils de la concurrence qui ne permettent un reporting que dans les 24h. C’est vraiment un point clé d’avoir cette rapidité.

Lali Dugelay : Vous avez été précurseur sur ce domaine-là. Aujourd’hui vous devez avoir beaucoup de concurrents ?

Stats

Stats

Pierre-François Chiron : Sur la partie développement d’application il y a énormément de concurrence mais ce n’est pas le métier sur lequel on insiste. On le fait avec plaisir car on a une bonne dizaine de clients pour lesquels on travaille de manière récurrente, qui nous appellent parce qu’ils ont de nouveaux besoins mais on ne fait aucune prospection sur cette activité-là. Sur la partie pub, c’est un peu différent : on a assez peu de concurrents, parce qu’il n’y a pas tant d’outils que ça qui sont présents sur le marché (on ne compte pas plus de 3 ou 4 outils pertinents). Lorsqu’on présente notre outil à des agences ou a des annonceurs qui utilisent des outils concurrents, on voit bien qu’on propose un produit de meilleure qualité et qui apporte plus que ce que proposent les autres acteurs sur le marché.

Lali Dugelay : Comment pouvez-vous prouver votre différence qualitative entre votre produit et celui du concurrent ?

Pierre-François Chiron : La plupart du temps c’est très facile : mettons que vous ayez une campagne le mois prochain. Au lieu de mettre 20 000 euros sur votre campagne dans vos outils précédents, mettez-en 15 000 sur votre outil précédent et 5 000 chez nous et voyez comment ça fonctionne. Et les résultats se font tout seuls. On ne demande aucun engagement, aucun frais fixe, rien, notre business model veut que nous soyons rémunérés uniquement au pourcentage  des dépenses qui sont effectuées sur la plateforme et du coup l’annonceur teste la plateforme très simplement, et une fois qu’il l’a testée, pour nous le boulot est fait parce que aujourd’hui la plateforme est plus performante que celle des concurrents.

Lali Dugelay : Vous êtes accrédité Facebook AdProvider ?

PMD

PMD

Pierre-François Chiron : Oui, mais finalement on ne l’utilise plus puisque c’était pour pouvoir diffuser des publicités dans les applications. Par ailleurs nous sommes aussi estampillés « Preferred Marketing Developper » (PMD), qui est un ensemble de qualifications délivrées par Facebook, certifiant qu’on est capable de gérer des pages, développer des applis et de la pub et tout ce qui est statistiques sur FB. 

Lali Dugelay : Qui sont vos clients ?

Pierre-François Chiron : Ce sont des grands comptes à 90 %. Sur la partie applicative, développement d’application, on travaille avec le laboratoire Pierre Fabre, par exemple, avec NRJ et avec des agences telles que BETC. Egalement beaucoup avec l’INA .fr et la Réunion des musées nationaux (RMN). Ce sont des clients récurrents avec qui ça se passe très bien. Sur la partie pub on travaille avec des agences média qui vont utiliser l’outil en interne, et sinon on a tout un tas de clients, qui sont parfois aussi les mêmes que ceux que l’on a sur la partie applications, qui nous confient leur budget, donc là on gère la totalité.

Lali Dugelay : Vous êtes présent dans plusieurs pays.

Pierre-François Chiron : Sur la partie pub, oui, sur la partie applications aussi, mais indirectement. Dans les deux activités on a des clients internationaux basés en France qui travaillent avec nous et qui nous demandent de développer des applications et des campagnes de pub pour tout un tas de pays. Nos interlocuteurs ne sont qu’en Europe, principalement en France à 80% à peu près, quelques interlocuteurs en Belgique et au Royaume-Uni. On constate qu’il y a de vraies différences de tarif au niveau de la pub, liées au pouvoir d’achat de manière générale (la pub française coûte plus cher que la pub espagnole ou italienne mais moins cher que la pub allemande ou la pub anglaise). Mais en terme de mécanisme, c’est sensiblement identique. L’un de nos objectifs est de développer ce marché-là à l’international parce que vendre de la pub FB en France ou l’étranger, c’est la même chose : l’outil est exactement le même, il est déjà multilingue. La plateforme en soi est déjà présente et fonctionnera de la même manière quel que soit le pays. Les gros concurrents sont américains et anglais mais ils présentent beaucoup de défauts : ils sont chers et pas forcément très performants donc on a un vrai potentiel marché.

Lali Dugelay : Le mot de la fin ?

Pierre-François Chiron : Nous avons connu une phase de très forte croissance au début, qui ensuite est redescendue assez fortement sur tout 2011 et début 2012, avec l’arrêt de l’activité régie. La période a été difficile, il a fallu gérer les licenciements, et nous avons essayé de le faire le plus proprement et humainement possible. Depuis mai-juin 2012, l’activité est repartie. C’est motivant pour l’équipe, qui comprend qu’en travaillant dans un même élan on est capables de faire repartir la machine. Nous retrouvons une croissance semblable à celle des débuts, et c’est toute la bonne dynamique qui est revenue avec.

Lali Dugelay : Comment nos lecteurs peuvent-ils vous contacter, suivre votre actualité ?

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