Milliardaire, libertarian, visionnaire, manifestant du génie dans chaque domaine qu’il investit, Peter Thiel (1967—) est un entrepreneur américain, gérant de hedge fund et investisseur de capital risque. Il est à 43 ans l’une des figures les plus respectées de la Silicon Valley.

Thiel est avant tout connu pour être le cofondateur du site de paiement en ligne PayPal, qu’il crée en partenariat avec Max Levchin. Initié en 1998, PayPal installe ses locaux à Palo-Alto (CA), cette ville du cœur de la Silicon Valley, aujourd’hui maison de grandes sociétés de l’informatique et du web : Hewlett-Packard, Google ou encore Facebook pour ne citer que celles-ci.

Peter Thiel en est le Chief Executive Officer (CEO) jusqu’au rachat de PayPal pour 1.5 milliard de dollars par le géant eBay, qui n’avait pas été sans remarquer que près de la moitié des transactions sur le site d’enchères en ligne était opérées via PayPal, au détriment du système interne que proposait eBay.

Plus récemment, en 2003, il poursuit ses investissements dans le monde des réseaux sociaux avec le réseau professionnel LinkedIn.

Précurseur dans la vision de ce que le très social réseau Facebook pouvait devenir, Thiel en est le premier investisseur extérieur : sa contribution se porte à 500 000 dollars lors de la première expansion que le réseau connût en 2004. Il est depuis ce jour membre du conseil d’administration et possède quelques 3% de la société.

Il est aujourd’hui partenaire gérant pour The Founders Fund, un fond de capital risque de 50 millions de dollars qu’il a lancé en 2005.

— « We wanted flying cars, instead we got 140 characters. » —

Dans une récente conférence donnée à la Harvard Business School , Peter Thiel a récemment donné une distinction de deux vues du futur : celle d’un “futur défini” et d’un “futur indéfini”.

Quand Thiel évoque le « futur défini », c’est la vision du futur du monde auquel sont allouées les ressources nécessaires à la réalisation de cette vision.

« Dans la pratique ? », me direz-vous !

L’Amérique des années 1950 et 1960 pour laquelle la course à l’espace menée par le gouvernement suscita un engouement populaire immense. Cette illustration du « futur défini » traduit un contexte très favorable à l’innovation, au cours duquel la croyance voulait alors que l’Homme marcherait sur la Lune, que des robots soulageraient des labeurs du quotidien et que les vacances sur Mars deviendraient bien vite la norme des divertissements.

Et quand bien même ces prédictions sont pour la plupart loin de s’être réalisées, le fait de rêver à un avenir ambitieux est à lui seul une manière de progresser.

À l’inverse, le « futur indéfini » est celui pour lequel notre incapacité à prédire est acceptée et pour laquelle des ressources sont allouées à une multitude de projets, mais en l’absence d’un véritable objectif !

Pour Peter Thiel, l’Amérique — et il paraîtrait aisé de tisser le même parallèle avec Europe — est actuellement en prise avec cette réalité, doutant de leur faculté à inventer le futur. Dans ce type de scénario, la technologie ne joue aucun rôle moteur : en effet, au lieu d’inventer les technologies de demain, on se contente d’investir dans les technologies dont on dispose déjà.

« C’est une stratégie vouée à l’échec car la majorité des grands problèmes auxquels la Société est confrontée auraient déjà dû être résolus par les solutions actuelles si elles étaient pertinentes ».

—Peter Thiel

— « Tech innovation drives economic growth and we need more of both. » —

Le magazine américain Details lui consacre en septembre 2011 un portrait qui permet de saisir — avec un peu plus de précisions — la singularité du personnage. Il y dresse des propos passionnants sur l’innovation :

« Les choses à propos desquelles je pense que j’ai raison, les autres personnes n’ont même pas tort à leur sujet car elles n’y pensent pas. Beaucoup de gens considèrent que certaines choses ne sont pas possibles et c’est tant mieux. Nous n’avons ainsi pas besoin de nous inquiéter en ce qui les concerne. En effet, comme ces gens estiment que ce que nous faisons n’est pas réaliste, ils ne nous prennent pas au sérieux. Et lorsqu’ils essaieront de nous arrêter, il sera déjà trop tard”.

— Peter Thiel

Thiel nous rappelle ainsi que, s’il était possible d’innover dans des domaines déjà explorés, les vraies ruptures ne peuvent être générées que par des utopies auxquelles personne ne croit au départ.

Dernière innovation en date ?

Thiel investit actuellement pour la création de “pays start-up”, de nouvelles nations qui seront installées sur des plates-formes en pleine mer.