L’architecte brésilien Oscar Niemeyer, connu notamment pour avoir créé de toutes pièces la capitale Brasilia au cœur de la forêt amazonienne, vient de s’éteindre ce mercredi 5 décembre 2012, 10 jours avant son 105ème anniversaire. Sa renommée s’étendait largement au-delà des frontières de son pays natal, et il laisse au terme de 70 années de carrière plus de 600 œuvres, dans le monde entier, dont certaines sont toujours en cours de construction.


Un adepte de Le Corbusier

Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares est né le 15 décembre 1997 à Rio de Janeiro, dans une famille bourgeoise aux origines variées. Ce nom de Niemeyer, peu courant au Brésil, lui vient de sa grand-mère immigré allemande, et finira par le désigner naturellement.

Il démarre en 1929 une formation d’architecte à l’École nationale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro, mais demeure très critique vis-à-vis de cet enseignement, considérant qu’il reste beaucoup trop classique à son goût, et n’intègre pas les grands courants de l’architecture moderne, incarnés à l’époque par Walter Gropius ou Le Corbusier. Pour parfaire sa formation, il rejoint en tant que stagiaire l’agence d’architecture brésilienne de Lucio Costa, pionnier qui introduira notamment le style Le Corbusier au Brésil.

Brasilia – Palais présidentiel

En 1936 il fait partie du groupe d’architectes responsables de la conception du nouveau siège du ministère de l’éducation et de la santé brésilien, édifié à Rio de Janeiro.

Il poursuit sa carrière en solo dans les années 40 et 50 exclusivement au Brésil, mais c’est sa participation à la construction de la nouvelle capitale administrative du pays, Brasilia, qui lui ouvre les portes de la renommée mondiale.

Construite au cœur du Planalto Central selon la volonté du Président Juscelino Kibtischek, aux côtés de son ancien mentor Lucio Costa qui y joue le rôle d’urbaniste (et dessine une ville en forme d’avion), Oscar Niemeyer y montre déjà son amour pour les courbes :

Ce n’est pas l’angle qui m’attire. Ni la ligne droite, dure, inflexible. Ce qui m’attire, c’est la courbe sensuelle que l’on trouve dans le corps de la femme parfaite

Il s’éloigne là pourtant du style rigide et fonctionnel de Le Corbusier ; mais y trouve le sien, qu’il déclinera ensuite tout au long de sa carrière, aidé en cela par l’utilisation omniprésente du verre et surtout du béton. Le béton qui lui permet de « maitriser une courbe d’une portée aussi ample. Le béton suggère des formes souples, des contrastes de formes, par une modulation continue de l’espace qui s’oppose à l’uniformisation des systèmes répétitifs du fonctionnalisme international« .


L’exil en France

 

Le Volcan - Le Havre

Le Havre – Salle de spectacles « Le Volcan »

Fervent communiste, adepte jusqu’au bout de Fidel Castro et de Hugo Chavez, Oscar Niemeyer fuit la dictature militaire qui s’installe au Brésil à partir de 1964 et vient s’installer en France. Il y laissera au total 16 bâtiments.

Il fait preuve de son engagement politique en construisant notamment le siège du Parti Communiste Français place du Colonel Fabien à Paris (1965), et celui du journal l’Humanité à St Denis (1987). L’une de ses œuvres les plus connues, parfaitement emblématique de son style avant-gardiste et révolutionnaire, est le centre culturel Le Volcan au Havre (1972), aujourd’hui l’une des 5 premières salles de spectacles nationales (comprenant un théâtre, une salle polyvalente, un cinéma, des studios d’enregistrement et des salles d’exposition), et affectueusement surnommé par les Havrais « le pot de yaourt ».

 Oscar Niemeyer poursuit son œuvre en parallèle dans le monde entier : on lui doit entre autres le siège des Nations-Unies à New York en 1952, en collaboration avec d’autres architectes de renom. Il signera des réalisations partout : Berlin, Los Angeles, São Paulo, Milan, Le Havre, Haifa, Tripoli, Alger, Ravello en Italie…

Brasilia – Cathédrale Notre-Dame

Il rentre au Brésil dans les années 80 après la chute de la dictature, et établit son cabinet d’architecte sur les hauteurs de Rio de Janeiro. En 1988 il reçoit le Prix Pritzker – considéré comme le Nobel de l’architecture – pour la cathédrale de Brasilia, dont la célèbre coupole en « couronne d’épines » permet à la lumière d’inonder une nef pourtant souterraine.

Malgré son grand âge, il refuse toute idée de retraite. Jusqu’au bout, il continue d’imaginer et de dessiner de nouveaux bâtiments, étonnant ses collaborateurs par son coup de crayon et sa capacité créative. L’une de ses ultimes réalisations est le musée d’art contemporain de Niteroi à Rio, en face du Pain de Sucre, en forme de « soucoupe volante » posée sur une colline.

Rio de Janeiro – Musée de Niteroi

Oscar Niemeyer avait également pour habitude d’organiser chaque semaine des débats philosophiques dans son agence, à l’intention d’étudiants auxquels il estimait important de faire comprendre qu’au-delà de la seule expertise du métier, il est « capital de savoir déchiffrer le monde qui nous entoure« .

Cet immense architecte (mais pas par la taille : 1,60 m !) aura marqué de son empreinte le 20ème siècle, et aujourd’hui le Brésil pleure la disparition de l’un de ses dieux vivants.