Après l’Ecole Centrale Paris, puis des expériences chez Sogitec et Microsoft France notamment, Olivier Ezratty est devenu un expert dans les domaines de la R&D dans le logiciel, le marketing et le business development. Depuis 2005, il met ainsi à profit ses compétences et savoir-faire pour des acteurs variés en tant que Conseil en Stratégies de l’Innovation spécialisé dans les métiers de l’image et édite également le blog Opinions Libres, dédié aux stratégies et politiques de l’innovation, à l’entrepreneuriat et aux métiers et technologies de l’image.

A l’occasion de l’événement Cross Media Days qui se déroulera les 12 et 13 juin prochains au Stade de France à Paris, Olivier Ezratty animera le 12 juin la conférence sur la stratégie numérique des broadcasters européens.

Partons à la découverte d’Olivier Ezratty à travers mon interview afin d’aborder son parcours professionnel, le Cross Video Days ainsi que les stratégies numériques et interactives.

Elise Boisquillon : Bonjour Olivier. Blogueur incontournable et Conseil en Stratégies de l’Innovation dans les métiers de l’image depuis 2005, quelles sont vos missions au quotidien et pour quelles entités intervenez-vous actuellement ?

Oliver Ezratty : Je fais du conseil comme indépendant dans les médias numériques. J’accompagne les opérateurs télécoms, chaînes TV et industriels des métiers de l’image (TV, cinéma, photo) dans l’élaboration de leurs stratégies produit : veille technologique, product management et constitution d’écosystèmes. Je suis aussi Conseil Expert auprès de Scientipôle Initiative, d’IT Translation (INRIA), et de divers fonds d’investissement en capital risque. J’ai accompagné ou accompagne de nombreuses startups comme business angel, board member, advisor ou consultant. Je suis notamment administrateur de la société Darqroom, un spécialiste du partage en ligne et du tirage haut de gamme de photos.

Dans mon blog Opinions Libres, je décode les mouvements des acteurs de l’industrie des médias numériques et de l’écosystème entrepreneurial. J’y publie notamment un rapport annuel de visite du Consumer Electronics Show de Las Vegas ainsi qu’un Guide des Startups High-tech en France, qui en est à sa seizième édition. Je suis par ailleurs photographe amateur spécialisé dans les portraits.

EB : Vous allez prochainement intervenir lors du Cross Video Days. Pouvez-vous nous parler de cet événement dont c’est la 3ème édition cette année ?

OE : C’est la première édition à laquelle je participe ! Je suis très intéressé de découvrir la créativité qui sévit dans le secteur de la vidéo et de la TV connectée. L’ampleur de l’événement est fascinante et reflète bien l’extraordinaire dynamisme de ce secteur.

EB : Comment s’organisera votre intervention lors de votre conférence ?

OE : J’anime une table ronde sur la TV connectée avec des broadcasters de différents pays. Cela sera très intéressant d’avoir une perspective européenne des nouveaux usages et tendances. Je vais sinon beaucoup écouter les autres interventions et notamment les 29 projets sélectionnés dans le Marché des Cross Video Days.

EB : Selon vous, quelles sont grandes évolutions récentes sur le marché de la télévision interactive connectée ?

OE : Ce marché se distingue par un fourmillement d’innovations d’usages qui se cherchent et se concurrencent. Nous avons notamment d’un côté les TV connectées qui s’enrichissent régulièrement avec des contenus, services et applications et de l’autre le rôle grandissant du « second écran », smartphone ou tablette, sur lequel l’interactivité est personnelle, facile à piloter et très complémentaire des contenus sur la TV. Le lien entre les contenus et les grands réseaux sociaux que sont Facebook et Twitter domine le paysage. Le marché est encore jeune et cela se voit à sa très grande fragmentation technologique et à la myriade d’acteurs qui se lancent. Il subsiste de nombreuses incertitudes sur le poids respectif des acteurs, des scénarios, des usages comme des modèles économiques. On est en plein maelstrom, dans le creuset d’un secteur d’activité qui se transforme. C’est ce qui le rend passionnant.

EB : Quels sont aujourd’hui les points essentiels pour réussir sa stratégie numérique pour un broadcaster[1] européen ?

OE : Il leur faut surtout résister au dilemme de l’innovateur et innover, innover, innover. L’innovation exige une forte prise de risque et de mener un grand nombre d’expérimentations en parallèle, comme peut le faire France Télévisions en France. Le minimum vital est de permettre aux téléspectateurs de consommer les contenus TV sur n’importe quel appareil (TV connectée ou pas, set-top-box d’opérateur, smartphone, tablette, PC/Mac voire console de jeu) et n’importe quand (direct, différé).

La réaction des utilisateurs aux nouvelles applications doit être évaluée avec du recul. Les broadcasters peuvent s’inspirer de certains succès de l’Internet qui ont d’abord créé de l’audience avant de la monétiser. En même temps, les broadcasters doivent aussi bien coller à ce qu’ils savent faire (en général…) : créer des programmes de qualité appréciés des téléspectateurs !

EB : On entend souvent parler de la « social TV ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste et les avantages pour la télévision ?

OE : La social TV regroupe de nombreux concepts : l’intégration de l’interactivité avec les réseaux sociaux (check-in des émissions, voir ce que ses amis regardent, dialoguer avec eux), la contribution des téléspectateurs aux émissions en direct (comme l’envoi de tweets), les jeux (quiz…), la recommandation de contenus (surtout dans la vidéo à la demande, et qui peut provenir des réseaux sociaux ou tout du moins s’appuyer sur les graphes sociaux des réseaux) et l’enrichissement des contenus (évaluations, commentaires, mais aussi l’exploitation de données statistiques pour pouvoir savoir ce qui est apprécié des téléspectateurs). Bref, dès que l’on implique « les gens », cela devient social.

Les avantages ? Cela correspond aux attentes croissantes des téléspectateurs. Les réseaux sociaux « temps réel » ont une caractéristique très intéressante qui se révèle cette année : ils font revenir les téléspectateurs au direct et aux grands événements tandis que les canaux de distribution des programmes achetés (séries TV en VOD) se multiplient, potentiellement au détriment des broadcasters. Les débats politiques de la présidentielle (en France comme aux USA) et la TV réalité (« The voice ») l’ont bien montré. L’essai sera probablement transformé avec les Jeux Olympiques de Londres et autres compétitions sportives.

EB : A votre avis, quelles sont les conséquences de la social TV aux niveaux marketing et publicitaire ?

OE : Vaste programme ! La publicité va évidemment être transformée dans les années qui viennent. Avec une reproduction de certains phénomènes qui ont marqué d’autres médias comme la presse écrite. On pourrait assister à une érosion du marché publicitaire de masse à la TV au profit de publicités plus ciblées et plus multicanal (TV + autres écrans) avec une mesure plus précise de la performance. Plus la TV sera connectée, quel que soit le moyen, plus il sera possible d’exploiter des données sur le profil et le contexte du téléspectateur et de personnaliser les messages. Malgré tout, les campagnes publicitaires resteront assez génériques dans leur contenu car les équipes marketing des marques ont rarement les moyens de différencier leur message sur un grand nombre de segments clients. Ce sont les formats qui vont évoluer et qui seront eux aussi, comme les contenus hors-publicité, cross et transmédia. La personnalisation de la publicité relèvera alors plutôt du « call to action », comme une promotion ou une information géolocalisée (lieu de vente). Elle devra aussi adopter les codes des réseaux sociaux, pour devenir notamment plus virale. Les marques doivent aussi apprendre à produire plus de contenus pour enrichir leur marketing et leur publicité. La notion de « marque média » va continuer de progresser.

EB : Le Cross Video Days sera bien entendu l’occasion de débattre sur le cross et le transmédia. Quelles définitions donneriez-vous à ces deux termes ?

OE : Comme pour la « convergence », leur définition est à géométrie variable. Cela commence avec l’exploitation de contenus multimédia sur plusieurs écrans (TV, smartphone, tablette) et va jusqu’à la création d’histoires qui se déroulent en parallèle et de manière différenciée mais reliée sur ces différents supports. Comme ces séries TV qui immergent le spectateur dans l’histoire avec l’envoi de SMS par les personnages ou les jeux faisant participer les téléspectateurs pendant une émission en direct. Avec donc un mix « broadcast », « social » et « jeu ».

EB : Suite à l’appel à projets lancé par le Marché des Cross Video Days, 211 projets de 26 pays ont été reçus et 29 ont été retenus. Quels conseils donneriez-vous à ces porteurs de projet afin de promouvoir et de produire leur projet ?

OE : Quand le temps est limité pour présenter son projet, il vaut mieux valoriser au maximum son produit avec une « démo qui tue ». Si le produit est bluffant, le reste en découle naturellement (qui va l’utiliser, modèle économique…).

EB : Merci Olivier pour cette interview accordée à Business Actor.

OE : On se retrouve aux Cross Video Days !

Dédié à l’univers de la vidéo sur les médias numériques, cet événement professionnel européen est l’occasion de réunir et de rencontrer réalisateurs, producteurs, diffuseurs, opérateurs, industries technologiques et publicitaires sur les thèmes du transmédia, de la TV connectée et du brand content.

Pour échanger avec Olivier Ezratty, vous pouvez le contacter sur LinkedIn (http://www.linkedin.com/in/ezratty), Twitter (https://twitter.com/olivez) et Facebook (https://www.facebook.com/olivier.ezratty).

Découvrez également la seizième version du « Guide des Startups High-Tech en France » écrit par Olivier Ezratty et mis à jour en avril 2012.


 

[1] Broadcaster : journaliste de radio ou de télévision.