Le groupe français Altrad, spécialisé dans le matériel pour le BTP, est l’un des leaders mondiaux de ce secteur : n°1 mondial de la bétonnière, n°1 européen de l’échafaudage et de la brouette, et n°1 français du matériel tubulaire pour collectivités. Son CA pour 2011 s’est élevé à 494 M€, pour un résultat net de 20 M€. Homme discret dont on entend peu parler, son président et fondateur Mohed Altra possède une personnalité étonnante et atypique, certainement due à son parcours hors-norme.


Une enfance terrifiante

Mohed Altrad est né en 1948… ou bien en 1950… ou peut-être en 1952. En fait Mohed ne connait pas sa date de naissance réelle. Il voit le jour dans le désert, au sein d’une tribu nomade de Syrie où aucun registre n’est tenu. Son clan n’est pas bien vu par le reste de la population, ni même par l’Etat, et les bédouins sont considérés comme inférieurs. Comme si cela ne suffisait pas, Mohed est né d’une union illégitime, ce qui fait de sa mère une paria qui mourra peu après sa naissance. Quant à son père, il le laissera de côté et c’est sa grand-mère qui s’occupera de lui. Il vivra dans une pauvreté totale, souvent confronté au froid, à la faim, et parfois à la mort, à l’exemple de ce triste jour pendant lequel de jeunes enfants de son âge ont essayé de l’enterrer vivant.

Il n’a pas même le droit d’aller à l’école, sa grand-mère considérant que « ce sont les fainéants » qui s’y rendent. Il se cache pour participer aux cours à Raqqah et devient un élève brillant et studieux, réussissant son BAC à 17 ans.  Il décrochera grâce à cela une bourse pour continuer ses études en France. 


Un changement de vie colossal

Il arrive en France en 1972, sans parler un seul mot de la langue, ayant simplement les contrées désertiques de son pays en tête, au milieu de pratiques et de coutumes qui lui sont complètement étrangères. Pour lui qui n’avait jamais eu de télé, de radio ou de journaux, c’est un choc culturel extraordinaire.

Mais les épreuves qu’il a endurées lui ont permis de développer une puissance de caractère phénoménale. Il apprend le français et obtient plusieurs diplômes dont un doctorat en informatique. Il accède ainsi au poste d’ingénieur chez Alcatel puis Thomson avant de partir, pendant 4 ans, œuvrer pour le compte de  l’Abu Dhabi National Oil Company, principale compagnie pétrolière des  Émirats arabes unis.

A son retour en France, il crée une société en informatique avec un associé qu’il revend par la suite à Matra. Cet argent lui permet d’acquérir une PME en dépôt de bilan située dans l’Hérault, spécialisée dans la fabrication d’échafaudages, la société Mefran (abréviation de MEtallique FRANçaise)

Malgré la prise de risque, il fait fructifier son affaire très rapidement et remonte les comptes, puis réinvestit les bénéfices non seulement dans sa société mais également dans d’autres entreprises, et ce seront les débuts du groupe Altrad. La croissance se fait grâce aux fusions d’entreprises, mais également à des créations ou à des acquisitions.

Ces opérations sont toujours réalisées avec la même trame d’intrégation, axée sur le respect des différences culturelles, et une conception humaniste du management. Près de 60 en 25 ans ; aujourd’hui le groupe est présent sur tous les continents, 14 pays y sont représentés, et 8 langues différentes parlées. Pour Mohed Altrad, ce multiculturalisme représente une véritable richesse pour l’entreprise.


Le bédouin devenu l’une des plus grandes fortunes de France

Homme d’affaires accompli, généreux, humble et calme, père de cinq enfants, Mohed Altrad fait partie des 500 premières fortunes françaises. Promu au rang de chevalier de la Légion d’Honneur en 2007, il est également l’auteur de plusieurs livres dont Badawi, une fiction largement inspirée de sa propre histoire. Il est devenu en 2011 – à titre privé – l’actionnaire majoritaire du Montpellier Hérault Rugby en y investissant 2,4 millions d’euros, et explique son choix :

Mais surtout j’ai choisi le sport – qui est une activité sociale, et ne l’oublions pas, un espace d’éducation et d’intégration – parce que l’on y retrouve les valeurs que j’ai toujours défendues dans ma vie et au sein du Groupe : la passion, l’engagement, la volonté de réussir tout en respectant les autres, la solidarité enfin, ciment du travail d’équipe. Or, de tous les sports, le rugby, ceux qui le connaissent ou l’ont pratiqué le savent bien, est peut-être celui qui les incarne le mieux ces valeurs […] il représente un défi comme je les aime.

Au-delà des millions, au-delà des affaires, au-delà de la réussite, Mohed croit au respect et à la confiance entre les hommes. Il donne ainsi une leçon de vie terriblement émouvante, belle et fascinante, prouvant qu’il n’y pas de limites à ce que peut réaliser un humain qui souhaite réussir sa vie et vivre ses rêves.

Alors, une fois que l’on connait l’histoire de Mohed, qui peut dire « Je ne pourrai pas, c’est trop difficile, les épreuves sont trop nombreuses » ?