J’interviewe aujourd’hui Xavier Vilain, ingénieur civil des Mines E 2001, fondateur et directeur général de Nicoka, un éditeur de logiciel basé à Paris, Londres et Casablanca. Xavier se définit avant tout comme un entrepreneur de sa génération, mu par la volonté de simplifier et d’être un fluidificateur de l’économie créatrice d’emploi, d’innovation et de croissance. En 2015, il a lancé Nicoka RH, un outil de gestion des ressources humaines qui se veut simple et intuitif, à destination des start-up et des TPE/PME.

Florent Hernandez : Le marché des solutions de gestion des ressources humaines ne manque pas d’acteurs. Pourquoi vous être lancé dans l’aventure ?
Xavier Vilain :
Tout est lié à mon parcours professionnel. J’ai fait mes armes dans de très belles structures, Viseo et SAP. J’ai connu des environnements de travail internationaux avec la richesse que cela peut comporter en travaillant à New York, à Paris et à Casablanca. L’exigence est grande vis-à-vis des salariés, et pourtant, nulle part je n’ai eu le sentiment de simplicité sur des questions très quotidiennes comme les notes de frais, les indemnités kilométriques, etc. Ces sociétés étaient certes équipées d’outils informatiques, mais le salarié devait toujours passer par des intermédiaires, des logiciels roboratifs, autant de temps précieux qui échappe à la productivité et surtout à la créativité.

J’ai décidé de créer Nicoka RH, d’une part parce que j’avais envie d’entreprendre depuis longtemps, mais surtout parce qu’il manque au marché une solution RH simple, pas chère et efficace. Cela répond selon moi à un réel besoin, et notamment dans les start-up et les TPE/PME. C’est là que se trouve la création d’emploi depuis une quinzaine d’année. Le marché est mille fois plus fragmenté, mais mille fois plus dynamique !

Dans ces structures, la fonction RH relève souvent du chef d’entreprise, qui fait mille choses chronophages par ailleurs. Or elle n’est pas moins nécessaire à la croissance et au bien-être de l’entreprise. Il y règne un besoin de simplification, de gain de temps, de qualité, et une notion de budget qui entre également en ligne de compte. La suite modulaire que nous avons créée est constituée de briques RH faciles à manier, qui donnent de l’autonomie aux employés et équipent la fonction RH d’un outil qualitatif, à un prix défiant toute concurrence.

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Florent Hernandez : Vous vous positionnez donc comme un simplificateur des RH dans les petites sructures. Pouvez-vous prendre un exemple précis ?
Xavier Vilain :
Gérer la partie logistique de « l’onboarding » est un vrai casse tête dans de nombreuses sociétés. Quand elles gèrent des commerciaux, par exemple, la répartition des tablettes et téléphones est toujours l’occasion pour l’entreprise d’égarer du matériel ; et pour le nouvel arrivant, de ne pas tout avoir immédiatement à sa disposition à son arrivée.

Vous connaissez l’adage « You never get a second chance to make a good first impression ». Il vaut pour l’entreprise qui risque gros avec un mauvais départ ! Nicoka RH dispose d’une brique de gestion logistique maniable par un enfant de 5 ans. Elle doit éviter les « trous » de stock, qui ont un coût financier, et les « mauvaises impressions », qui ont un coût social.

Florent Hernandez : Quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez été confronté ?
Xavier Vilain :
A vrai dire, créer Nicoka RH n’a pas été si difficile. J’avoue être un vrai geek, entouré d’autres geeks. Nous avons façonné l’interface telle que nous l’avions imaginée, c’est-à-dire pratique et très belle, très accessible.

J’ai développé de nombreux logiciels dans ma vie. Dans ce cas, j’étais le commanditaire et le fabricant le client & le product owner, l’utilisateur et l’éditeur. J’avais pensé mon projet suffisamment en amont pour que la première version soit très complète. On y trouve ainsi les conversions des devises pour les équipes multilocales et toutes sortes de détails qui évitent les bugs.

La vraie difficulté a été le début de la commercialisation. L’ingénieur n’est le meilleur des vendeurs et, dans mon cas, c’est particulièrement vrai ! Mais heureusement nos premiers clients on fait le travail à notre place en nous recommandant chaudement, et depuis nous nous sommes mieux impliqués dans la proposition commerciale.

Florent Hernandez : Et si c’était à refaire, retenteriez-vous l’expérience ?
Xavier Vilain :
Oui, et à vrai dire, nous sommes en plein dedans ! Nous venons d’ouvrir un bureau à Londres ; nous avons nos premiers clients en Irlande, portés par le dynamisme économique de la région, etc. Bref, l’aventure en est encore à ses débuts !

Et puis nous continuons d’apprendre, d’améliorer et d’enrichir Nicoka RH au contact de nos utilisateurs. C’est après une semaine de formation dans une grosse PME Suisse que nous avons eu l’idée d’un moteur de templates. Cela n’a pas été formulé en ces termes, mais les échanges avec les utilisateurs ont pointé du doigt à quel point cela a de l’importance de pouvoir livrer des documents beaux ! Nous avons intégré une brique templating au SIRH qui permet aux utilisateurs de créer en toute autonomie des modèles sur-mesure pour leurs documents et emailings RH. Après tout, même administratifs, eux aussi reflètent l’image de l’entreprise !

Florent Hernandez : Quel est, selon vous, la principale qualité que doit avoir un entrepreneur pour réussir ?
Xavier Vilain :
C’est une question très difficile. Je crois qu’il faut être obstiné. James Dyson a conçu, sur ses économies et son temps libre, 5 127 prototypes d’aspirateurs. Qui se souvient de Newton, en 1993, un assistant personnel numérique d’Apple ? L’échec fut cuisant. En 2010, l’iPad utilisait pourtant des innovations mises au point pour Newton, corrigées et modernisées, avec un accueil… différent ! A mon niveau, j’essaie de continuer à tirer des enseignements de chaque expérience, de chaque client. De comprendre ce qui peut être utile pour toujours avancer.