Le marketing sensoriel sollicite nos 5 sens dans les points de vente, mais aussi dans notre quotidien. La mise en scène des lieux permet de rendre l’acte d’achat, et de gérer l’attente de façon plus agréable. A condition de bien comprendre les marques et leurs publics. MUTT, agence de design sonore va plus loin et  aborde le sujet avec élégance et pertinence.

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Candice Smadja: Bonjour Fabrice – Ludovic,  vous êtes les co-fondateurs de MUTT, pourriez-vous nous présenter votre agence, qui a pour signature « sound strategy » ?

Fabrice Smadja & Ludovic Jokiel :MUTT est une agence conseil en communication spécialisée dans le patrimoine sonore des marques, nous les accompagnons dans l’ensemble de leurs communications en France et à New York.

Le son est aujourd’hui omniprésent dans nos vies, c’est un vecteur formidable de communication. Les marques en ont conscience mais ce sujet complexe reste souvent survolé, l’annonceur ne sait pas comment l’aborder. Trop souvent sa stratégie sonore se limite à une musique de publicité ou au développement d’une identité sonore. Or les marques s’adressent aujourd’hui à un « public », à des « fans » plus qu’à des consommateurs, elle doivent s’approprier de nouveaux territoires d’expressions tout en gardant la cohérence de leur discours.

MUTT propose une vision transversale qui leur permet d’émerger de cette immense masse sonore que l’on décrit comme polluante. On propose un point de vue créatif sur la musique, les sons et la façon de les organiser, mais aussi un point de vue stratégique sur la meilleure manière de mettre en place cette création. C’est pour répondre à l’ensemble de ces problématiques que nous travaillons en France et à l’international avec des producteurs, des artistes, des labels, mais aussi des développeurs logiciels, des architectes et des designers d’objets sonores. L’agence oeuvre pour les marques dans l’intérêt de son public. L’usage du son et sa dimension socio-culturelle nous touche et nous permet de définir des territoires sonores qui deviennent des leviers de croissance sur le long terme, un patrimoine sonore.

Candice Smadja: Comment est née MUTT ?

FS & LJ : Nous produisons des bandes sons et des identités de marques dans le secteur publicitaire depuis plus de 15 ans à la fois en France et à l’international. Depuis quelques années nous avons constaté un véritable éveil à la fois des agences mais également des annonceurs sur le sujet. Nous étions de plus en plus sollicités avec des questions du type : « Nous avons beaucoup de retours sur la musique de notre pub , nous aimerions mieux l’exposer, vous avez une idée ? » ou « Nous aimerions rayonner à travers l’image d’un groupe, d’un artiste pour explorer d’autres univers. » C’est finalement tout naturellement que MUTT est née !

Aujourd’hui le marché de la communication et de la musique sont devenus matures, les artistes perçoivent les annonceurs comme de véritables partenaires de leur carrière et les marques sont à l’écoute des apports créatifs.

Candice Smadja: Quels sont les profils de vos clients ?

FS & LJ : Des marques qui ont une histoire forte, un univers qui demande à être mis en avant. Ce sont des marques premium dans leur secteur, mais l’usage des outils digitaux nous permet aujourd’hui d’être le conseil de marque  challenger ou en « devenir ». Dans ce cas, l’identité sonore est l’outil qui permet de rendre la marque attractive. Logiquement les marques plus « corporate » ont davantage de mal à dépasser les modèles classiques de communication, mais les mentalités évoluent dans le bon sens.

Candice Smadja: Lorsque nous parlons de design de sonore, sur des lieux de vente ou des lieux publics, s’agit-il de radios dédiées ou créez-vous des musiques originales ?

FS & LJ : C’est un sujet très vaste à peine effleuré en France. Il s’agit d’abord de mettre en harmonie le lieu, son message, le visiteur et la bande son qui est diffusée à cet endroit. Pour des lieux de vente dédiés au voyage et à la nature par exemple, le choix d’ambiance sonore parait pertinent (musique ou bruitages). La clientèle de l’enseigne vient y chercher le dépaysement, la curiosité, la « zénitude », quelque chose de ludique. Dans ce cas une radio avec ces codes d’antennes (jingle ect…) sera perçue comme perturbante et hors propos. A l’opposé, des enseignes très pointues sur la mode vont utiliser l’identité sonore comme source de reconnaissance. Elles vont diffuser des musiques fortes, très tendance et ainsi créer un clivage transgénérationnel qui devient une stratégie sonore: « si tu ne te reconnais pas dans notre ambiance c’est que ce n’est pas pour toi ». Les fans de la marque eux sont d’autant plus valorisés.

Le choix de l’action est avant tout un choix stratégique. Une phase d’audit de la marque et d’analyse permet de mettre en place un plan d’action et d’envisager la bonne solution: musique originale, sound design, radios dédiées et autres. Finalement l’idéal en ce qui concerne l’ambiance sonore des lieux de vente ou des lieux publics est de se rapprocher des préoccupations instantanés des visiteurs, d’être le plus en phase possible avec l’usage que l’on à du lieu. Notre expertise nous permet de répondre à ces préoccupations pour développer des identités sonores singulières grâce à notre réseau de talents français et internationaux.

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Candice Smadja: Créer des alliances entre des artistes musicaux et des marques fait partie des expertises de MUTT.  Pensez vous qu’un artiste « en devenir » peut développer sa notoriété en s’exposant à travers une marque ?

FS & LJ : Une synchronisation consiste à placer un titre de musique existant sur un spot publicitaire, elles sont autant bénéfiques à l’artiste qu’à la marque. Pour les artistes, elles permettent de développer ou d’accélérer sa notoriété, pour les marques c’est un moyen d’élargir son public. Nous voulons développer avec MUTT une stratégie win-win. La marque doit bien évidemment y trouver son compte en terme d’image, de reconnaissance, de mémorisation mais il est important que l’artiste se sente à l’aise au delà de l’aspect financier. Nous sommes convaincus qu’il faille une réelle expertise et beaucoup de maturité artistique pour créer ces passerelles artistes-marques.

Candice Smadja: L’industrie musicale a perdu 60% de sa valeur en 12 ans. Pensez vous que le design sonore et notamment les alliances entre marques et artistes peuvent contribuer au développement du secteur ?

FS & LJ : La musique en France sort doucement d’une révolution industrielle que les maisons de disque ont d’abord refusé. Ça à pris du temps mais elles ont compris qu’il valait mieux surfer sur la vague. En 2014, l’industrie se porte mieux grâce à des artistes tournés vers l’international. Les musiciens qui soutiennent cette industrie comme Phoenix, Daft Punk ou Stromae, ont une très forte identité, ils ont dans leur ADN le sens de l’image de marque, du marketing. C’est aujourd’hui un axe important du « music business », mais ce n’est pas le seul. Les marques ont besoin des valeurs que peuvent mettre en place les artistes et les maisons de disque auprès de leurs fans, il s’agit là aussi d’une relation bi-latérale positive.

Candice Smadja: Pensez vous développer des filiales à l’étranger ?

FS & LJ :  MUTT travaille avec des marques locales mais également de grands groupes internationaux, nous sommes donc logiquement amenés à rayonner au delà de nos frontières. Nous sommes déjà implantés à New-York et la musique est un langage universel, n’est pas ?!