Freelancer.com est une société de droit australien basée à Sydney, créée en 2009 par Matt Barrie, serial entrepreneur et enseignant. Aujourd’hui considérée comme la première place de marché au monde dans l’externalisation de projets, l’entreprise a reçu en août 2012 un Silver Stevie Award (l’une des plus prestigieuses distinctions mondiales en matière de business) dans la catégorie nouvellement créée en 2012 Internet/ Nouveaux media.

La société a lancé son site français en septembre 2012, avec pour objectif avoué de générer en 6 mois 100.000 nouveaux auto-entrepreneurs en France. Business Actor a rencontré son Directeur Général France, Julien Tardy.

 

Valérie Demyttenaere : Julien Tardy bonjour, et merci de nous accorder cet entretien. Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre parcours personnel ?

Julien Tardy : Bonjour. J’ai débuté dans le monde professionnel en créant ma propre entreprise, en 2002, je développais des produits et services très spécifiques liés à l’Histoire. Je travaillais essentiellement avec des entreprises patrimoniales pour qui je réalisais des supports de communication axés sur leur propre histoire, je me suis beaucoup inspiré de l’école américaine de la « business history ».

Locaux de Freelancer.com à Sydney, Jones Bay Wharf

Locaux de Freelancer.com à Sydney, Jones Bay Wharf

J’ai ensuite travaillé pour la société ancestry.com, leader mondial dans la diffusion de contenus historiques dédié à l’histoire familiale. Cette entreprise américaine vient d’être rachetée par le fond d’investissement Permira au Royaume-Uni  et passe sous contrôle européen (pour la somme d’1,6 milliards de dollars.). J’étais en charge du développement des contenus de ce site de e-commerce très particulier pour la France.

Depuis quelques mois, j’ai pris en main le développement du site australien Freelancer.com pour la zone France et les pays francophones.


Valérie Demyttenaere : Expliquez-nous en quoi consiste le service Freelancer ?

Julien Tardy : Freelancer.com est une place de marché où des freelances répondent à des offres de missions postées par des entreprises. A ce jour, la plateforme met en relation plus de 6,8 millions de professionnels du monde entier. Les employeurs peuvent ainsi être sûrs de trouver les compétences dont ils ont besoin en postant un projet auquel vont répondre les freelances intéressés. L’intérêt pour l’employeur est bien entendu de pouvoir gagner en compétitivité grâce à la sélection par les coûts mais pas uniquement. En effet, utiliser les ressources de ce site permet aussi de gagner du temps et d’accéder à des compétences nécessaires et parfois rares (à un prix abordable).

Du point de vue du freelance, cette plateforme offre des possibilités extraordinaires ; il suffit d’avoir les bonnes compétences, un PC et un accès internet pour démarrer son activité et accéder à un marché international.  Les nouveaux entrepreneurs peuvent ainsi développer leur premier carnet client et se bâtir une notoriété en ligne grâce à un système de notation. Freelancer.com permet de se lancer facilement dans l’entreprise et la prestation de services sans avoir besoin de réaliser un site web, des contrats et autres documents administratifs…

Aujourd’hui Freelancer.com c’est donc plus de 6,8 millions d’inscrits, plus d’un milliard de dollars de missions réalisées (en valeur) et plus de 4 millions de projets réalisés. En moyenne, les coûts des travaux relevés sur notre site sont de 150 euros par mission, mais les jobs commencent à 20 euros et n’ont pas de limites.

Finalement, Freelancer.com est un site extrêmement bénéfique et rentable pour les TPE françaises qui n’ont pas toutes les compétences en interne et qui ne peuvent pas se permettre de recruter du personnel à temps complet. De même ce marché en ligne est un formidable levier de développement pour les freelances et les nouvelles petites entreprises qui se créent tous les jours en France.


Valérie Demyttenaere : Quelle est la différence entre outsourcing et crowdsourcing ?

Julien Tardy : L’outsourcing se traduit par le fait d’externaliser une tâche d’une manière générale, le crowdsourcing implique que l’externalisation de cette tâche est soumise à un groupe de personnes plus ou moins large plutôt qu’à une seule personne en particulier notamment via internet.

Ce nouveau procédé conduit à bénéficier de la multiplicité des talents et des compétences du groupe, en somme à accéder à une sorte d’intelligence collective, et est complètement relié à la révolution de l’internet.


Valérie Demyttenaere : Quels sont vos « best-sellers », les principaux types de services demandés et proposés sur Freelancer ? Est-ce que les besoins/offres diffèrent d’un pays à l’autre ?

Julien Tardy : Bien entendu il existe des disparités régionales, mais globalement nous voyons essentiellement (en volume) des métiers liés aux IT, à la programmation, au développement de logiciels qu’ils soient applicatifs ou non.

Il faut savoir que la saisie de données est une pratique qui arrive en tête avec  les catégories du design graphique, du design de sites web et la programmation corollaire en PHP ou HTML. Enfin,  le traitement de données et les jobs sur excel se situent aussi en tête de liste sachant qu’il y a plus de 20.000 missions par trimestre pour chacun de ces métiers.

Cependant nous proposons près de 600 catégories de métiers pour certains bien éloignés de l’informatique comme le marketing, la vente, la traduction, la comptabilité, le juridique ou même les sciences.


Valérie Demyttenaere : Déjà présente dans plus de 100 pays, Freelancer vient d’arriver récemment en France. Quel est actuellement l’état du marché du travail en freelance en France, et quels sont vos concurrents locaux ?

Julien Tardy : Il existe de nombreuses plateformes plus ou moins importantes souhaitant proposer une mise en relation entre donneurs d’ordres et sous-traitants mais Freelancer.com est une plateforme mondiale et ne s’articule pas uniquement sur des offres franco-française, et c’est tout l’intérêt…

Quant au marché du travail, il est relativement mauvais certes si on considère le travail en CDI, à temps plein… En revanche, nos économies ne demandent qu’à redémarrer et les forces vives ne manquent pas. Plusieurs milliers de spécialistes de l’informatique (programmeurs, web designer…) sont sans emploi alors qu’on entend tous les jours qu’il manque des ingénieurs formés. Nous pensons que le marché du travail doit évoluer et s’ouvrir à de nouveaux outils tels que les plateformes de mise en relation de professionnels ou bien tout simplement au télé travail (home office).

Quoi qu’il en soit, de nombreux salariés souhaitent créer leur entreprise et se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Pour vous donner des chiffres, nous avons observé une augmentation de 34 % du nombre de nos abonnés en France seulement 2 mois après le lancement du site en français. C’est une tendance lourde qui est en train de s’installer.


freelancer-logo

Valérie Demyttenaere : Malgré le contexte de crise que nous connaissons, vous annoncez vouloir créer plus de 100.000 emplois en auto-entreprise dans notre pays. Quels moyens vous donnez-vous pour atteindre cet objectif ?

Julien Tardy : Le fonctionnement de notre site est très – très – simple,  et nous comptons simplement communiquer et présenter nos services, les utilisateurs feront le reste.

Nous avons fixé cet objectif en étudiant les progressions d’abonnement dans les marchés voisins (notamment au Royaume-Uni et en Espagne). L’Etat français a réellement assoupli les conditions de création d’entreprise ; alors qu’il fallait 7.500 euros il y a plusieurs années pour ouvrir une SARL ou une SAS, 1 euro suffit aujourd’hui. Pour aller plus loin, tout le monde peut entreprendre et vendre des produits ou services avec le statut d’auto-entrepreneur.

L’arrivée d’un site comme Freelancer.com va donner de l’air et du travail à des personnes qui ont des compétences inutilisées dans le marché actuel. Nous serions heureux de supporter et soutenir de milliers de créations d’entreprises et de TPE.


Valérie Demyttenaere : Vous n’êtes pas sans ignorer qu’en France, la législation et la fiscalité de l’emploi sont lourdes, et le regard du monde du travail parfois peu tendre envers ceux qui tentent une aventure personnelle, malgré le discours du politique. Il est avéré que certains employeurs ont pour habitude de recourir à des emplois en freelance pour éviter une embauche pure, tout en faisant travailler les personnes dans les mêmes conditions qu’un salarié. Comment votre société peut-elle contrôler, ou du moins éviter cela (si tant est qu’elle le puisse/souhaite) ?

Julien Tardy : Il est probable que les « lourdeurs » du code du travail freinent effectivement les embauches, mais cela est un autre débat.  Le phénomène de l’outsourcing quant à lui est une vague et un nouveau modèle de travail qui ne peut être stoppé tout comme l’émergence de plus d’autonomie chez les salariés. De plus en plus d’employés pensent offrir leurs services en freelance et imaginent un développement personnel dans l’entreprenariat. C’est un mouvement de fond, la frontière entre le salariat et le freelancing s’est réduite considérablement durant la dernière décennie grâce aux NTIC[1].

Quant aux pratiques auxquelles vous faites allusion, il faut plutôt prendre le problème – si problème il y a – à l’envers et se dire que réduire ses coûts et surtout accéder à des compétences variées dans un vivier international de prestataires est pour une petite entreprise, somme toute fragile dans le contexte économique actuel, un moyen de sécuriser ses emplois actuels.


Valérie Demyttenaere : Passons aux aspects pratiques ; quels conseils donneriez-vous à une personne voulant s’installer aujourd’hui en freelance ?

Julien Tardy : N’hésitez pas, les risques sont finalement réduits si vous optez pour un régime d’entreprise adapté, commencez par un statut simple, peu engageant comme Auto-Entrepreneur ou E.I (Entreprise Individuelle) et fixez-vous pour objectif d’évoluer vers une structure plus complexes (EURL, SARL, SAS) avec le temps et les premiers succès. Quelques conseils :

  • Développez des compétences de haut niveau et spécialisez-vous dans un domaine, la rareté est très prisée, et inscrivez-vous sur ou (ou des) plateformes d’outsourcing. D’ailleurs, voici un coupon pour bénéficier d’un an d’abonnement standard gratuit à Freelancer.com : Saisissez le code FRANCAIS lors de l’inscription.
  • N’abandonnez pas un projet entrepreneurial simplement à cause de l’idée négative que vous pourriez vous faire de l’entreprise et de ses complexités.
  • Trouvez vos premiers clients avant de passer à la création de la structure choisie. Freelancer.com est un bon moyen de se tester dans le marché et de voir si vos services et compétences trouvent un écho.
  • Dépensez votre capital intelligemment. Maîtrisez vos coûts et dotez-vous des outils qui vous seront les plus utiles en priorité.
  • Enfin, pensez à votre notoriété et rendez à votre client le meilleur service possible ; vous perdrez un peu en rentabilité au début mais vous pourrez bâtir un réseau de client plus facilement avec une bonne réputation. Vous apprendrez énormément durant vos premières missions et cela constituera pour vous des acquis d’une valeur inestimable.


Valérie Demyttenaere : Merci beaucoup Julien. Pour finir, où peut-on vous retrouver sur la Toile ?

Julien Tardy : RESEAU SOCIAL / SOCIAL NETWORK : sur Viadeo et LinkedIn


[1] Nouvelles technologies de l’information et de la communication