A l’occasion du Hub Forum de cette année, Jeremie Mani était invité sur scène pour témoigner des enjeux du web participatif et de la modération. Président de la seule société française dans ce domaine, Netino, Jeremie a accepté de répondre ouvertement à nos questions.

netino

Charles de Cassan : Bonjour Jeremie et bienvenue sur Business Actor ! Peux-tu d’abord te présenter en quelques mots ?

Jeremie : A ma sortie d’HEC en 2000, je suis tombé dans l’univers du web, en plein boum à l’époque. Après quelques stages effectués en Marketing, j’ai décidé de me lancer avec 4 camarades de promo en lançant Directinet, spécialisé dans l’e-mail marketing. Nous l’avons ensuite revendu en 2006, mais j’y suis resté jusqu’en 2009.

Après une  année sabbatique, je me suis mis à la recherche d’une nouvelle association et c’est alors que j’ai rencontré Jean-Marc Royer, créateur de Netino à qui lui revient le développement de toute la technologie que nous utilisons et qui a bien évolué depuis. Très rapidement, nous nous sommes mis d’accord pour apporter mes compétences commerciales et marketing en échange de prise de participation dans la société.

L’année dernière, nous avons levé 2 millions d’euros pour poursuivre son développement avec Venture Capital de Natixis.

Charles : Lorsque tu as rencontré Jean-Marc, qu’est ce qui t’as donné envie de  rejoindre Netino ?

Jeremie : J’aime bien les marchés de niche et au-delà de cet aspect, je dois avouer que je n’avais jamais entendu parler de la modération web comme un business à part entière. Ma curiosité m’a donc poussé à aller tenter l’aventure dans un marché plutôt placé dans « l’ombre », et cela me va très bien.

Charles : Netino est-il aujourd’hui le seul acteur spécialisé à proposer un service de modération ?

Jeremie : Soyons clair, tout le monde peut faire de la modération chez soi mais lorsqu’il s’agit de traiter un certain volume de données, l’apport technologique est alors nécessaire. Avec NETINO, il existe 2 autres sociétés dans le monde proposant ce type de service.

Charles : A ce propos, êtes-vous actif à l’étranger ?

Jeremie : La majeure partie de notre clientèle est basée en France mais rayonne à l’international. C’est pourquoi nous modérons aussi en langue étrangère, du même niveau d’efficacité qu’en langue française.

Charles : Est-ce d’ailleurs pour cette raison qu’une partie de vos ressources est basée dans des pays en développement ? Quelles sont les avantages et inconvénients d’une telle délocalisation ?

Jeremie : Tout d’abord, nous sommes perçus comme un centre de coût pour nos clients. La modération ne créée pas de valeur en soi, c’est pourquoi nos tarifs doivent rester extrêmement compétitifs.

Ensuite, les postes de modérateurs que nous proposons en France se voient rapidement exposés à un taux de turnover particulièrement élevé. Le  niveau d’exigence et de concentration nécessaire pour ce travail provoque rapidement une certaine lassitude chez le salarié basé en France, puisque les évolutions de poste restent limitées. Le modérateur localisé à l’étranger est recruté quant à lui à niveau Bac+4/5 équivalent, avec un excellent niveau de rémunération, bien supérieure à la moyenne locale. Ses compétences acquises suffisent amplement à maintenir un niveau de service satisfaisant tout en capitalisant sur son expertise de modérateur qu’il acquiert au fur et à mesure du temps passé chez nous. J’ajouterai que la motivation dont il fait preuve pour donner le meilleur de lui-même chaque jour et ainsi s’assurer de bien garder son travail est inégalable comparé à ce que nous pouvons trouver en France.

Les inconvénients sont ceux que l’on retrouve fréquemment lorsqu’il s’agit de recruter à l’étranger : faire son trou, se faire connaître et identifier les bons profils nécessite un investissement en temps important.

Charles : Cette année, tu étais invité au Hubforum en tant que speaker. Qu’est-ce que tu retiendras le plus de cette session ?

Jeremie : J’ai senti beaucoup d’enthousiasme. Le web reste relativement épargné par la crise. Cela donne envie de continuer à investir et innover, c’est très plaisant.

Charles : Selon toi, les comportements que vous observez quotidiennement sur le web tendent-ils à l’auto-moderation ou bien au lynchage sans limite ?

Aujourd’hui, la tendance est à l’opposé de l’auto-modération. Je dirai qu’avec la démocratisation des réseaux sociaux et leur capacité à ratisser toujours plus large, on risque de s’éloigner de l’esprit initial du contenu à modérer.

Charles : Comment vois-tu Netino dans 5 ans ?

Jeremie : Il est probable de voir nos activités se diversifier dans un tas de domaines connexes au métier de la modération, tout en mettant en avant nos points forts que sont l’externalisation de ressources et notre expertise technologique qui est la nôtre aujourd’hui.

Charles : A quels domaines fais-tu allusion ?

Jeremie : A la modération de traitement audio et vidéo notamment, nous expérimentons en ce moment avec nos clients.