Aujourd’hui, Franck Prime s’est pris au jeu de nos questions réponses. Il revient pour Business Actor sur la création de ses 100 salons.


Florent Hernandez : Bonjour Franck, merci d’accorder un peu de ton temps pour répondre à nos questions. Peux-tu commencer par te présenter brièvement ? Ton parcours, ton activité ? 

Franck Prime : Bonjour Florent, mon parcours est assez atypique et long mais pour résumer : j’ai développé et vendu les systèmes de la Carte Vitale avant qu’elle ne devienne obligatoire. Puis une fois le marché acquis, je m’ennuyais donc je suis rentré chez REED OIP via une antenne de Lyon en créant le 1er salon français du E-Business (1997). Je suis donc tombé très tôt dans le bain du web !

image_previewEt de là, je me suis associé avec un journaliste pour imaginer, créer puis développer une centaine de salons en Europe. Deux d’entre eux ont percé à force d’acharnement sur un marché de requins (et c’est peu de le dire !) où on a tenté, plus d’une centaine de fois, de nous détruire. Le salon E-Commerce est né en 2001 puis le Dmat Expo en 2003. Du E-Commerce j’ai imaginé le salon du web2 en créant le E-Marketing Paris.  En 2009 nous avons revendu le tout à Comexposium du groupe UNIBAIL RODAMCO, lesquels se sont associés avec moi pour monter One Place et développer de nouveaux salons. Sont donc nés le T2M leader sur le WEB 3.0 et le DevPro, leader sur la formation professionnelle.


Florent Hernande
: Tu es à l’origine d’une centaine de salons professionnels, dont de grandes réussites, comme le salon E-commerce de Paris, E-Marketing, DevPro ou encore le très prochain Time2Marketing Paris. Comment arrives-tu à te renouveler et à ne pas proposer 100 salons similaires ? Quelles sont tes méthodes, tes outils ou tes réflexions avant de créer un nouveau projet événementiel ?

Franck Prime : Le marché des salons est découpé entre ceux qui créent et développent, et ceux qui copient ou gèrent ce qu’ils n’ont pas créé. Je fais partie des 0.1 %, donc du 1er ensemble. J’ai une vision et un état d’esprit d’entrepreneur et non de gestionnaire engoncé dans ses chaussons. Je m’intéresse à tout ce qui ne se fait pas ou tout ce qui sera difficile à créer.  Lorsque je ne crois plus à mes salons, je ne m’attache pas à l’aspect financier sécuritaire mais uniquement à mon envie de recréer et ré-imaginer ce qui sera le mieux dans 3 à 5 ans.

Le T2M c’est ça sur le Web 3.0 donc l’avenir de la relation client fournisseur et c’est le seul en Europe sur ce sujet. Il eût été facile lorsque l’on a regroupé 1 million de professionnels et 7.000 clients sur 10 ans, de copier ce que j’avais créé puisque je connais tout le monde. Mais comme indiqué, je ne fais pas dans le facile, j’imagine la suite d’un segment et je prends des risques pour tout recommencer de zéro invariablement avec un seul état d’esprit commun à tout ça, provenant de mon père : le libre arbitre.

Des outils ? Aucun. Tous les segments, tous les clients, tous les mails sont dans ma tête. Un ordinateur ne suit pas la progression d’un dirigeant, moi si. Je peux donc invariablement créer et imaginer ce qui se fera de mieux sous moyen à long terme. Le T2M comme le DevPro sont de cette force-là, ils seront leaders respectivement sur le Web 3.0 et la Formation Pro sous 3 ans et si autant de partenaires, de médias, d’éditeurs et d’influenceurs sont à mes côtés, c’est qu’ils en ont la même vision. Les autres les rejoindront plus tard, c’est inéluctable.


Florent Hernandez
 : J’imagine que beaucoup de points sont assez délicats dans l’organisation d’un salon : Communication, Logistique, Intervenants, Exposants, Visiteurs… Quelles sont les principales difficultés dans l’organisation de salons ? 

Franck Prime : Plus aucune, en 109 salons je pense « un peu » connaître mon boulot ! Malgré tout, ce qui est complexe est la naissance d’un salon jusqu’à sa V3. Ensuite, ce n’est que du bonheur. Lorsque l’on crée un salon, les éditeurs peureux se focalisent sur ce qui se faisait déjà, quitte à jouer la carte de la sécurité et non leur volontarisme d’entrepreneur. Je l’ai vu 1000 fois lorsque j’avais 17 puis 80 clients sur le E-Commerce face à la VAD et d’autres salons bien plus forts. Puis un jour, le monde attire le monde et les éditeurs jouent la carte du futur et non de ce qui marchait avant. Le T2M est dans sa V3 et le vent tourne déjà car il respecte le futur sans ressasser le passé ou la copie des autres salons.

C’est le même souci pour les visiteurs ; un salon de 8 ans n’a plus à communiquer, il attire même si on y parle plus de rien. Un lancement doit communiquer 10 fois plus et avoir les meilleurs orateurs pour prouver et attirer avec moins de moyens financiers. C’est cette fragilité, cette construction et cette bataille constante que j’aime car c’est un peu l’histoire de la réussite et de l’échec qui caractérise toute entreprise et distingue les dirigeants.


Florent Hernandez
 : Pour donner une notoriété aux événements que tu crées, tu utilises des stratégies d’influence : faire venir des influents de chaque secteur pour intervenir sur tes salons. J’ai vu également que tu offrais des badges VIP pour des twittos, ce qui te procure une fois sur l’événement de la visibilité « live ». L’influence est-elle contagieuse selon toi ? Est-ce la clé d’un salon réussi ?

Franck Prime : Un salon c’est quoi ? Pour moi ce n’est pas du tout un CA et une satisfaction de ses résultats commerciaux au détriment du contenu et du contenant ; ce n’est pas le résumé de 10 ans de travail et de 20 salariés sur une seule ligne d’un plan financier. Vous l’avez compris, c’est du vécu. J’aime les gens avec lesquels j’ai travaillé et j’ai tout donné pour eux, jusqu’à un arrêt cardiaque qui a failli me valoir ma vie.

Voilà, je régénère mes relations et agrandis mon cercle depuis 15 ans et il m’est sans cesse nécessaire de connaitre pour apprendre des autres. Les influenceurs font partie du nec plus ultra de ce qu’étaient les blogueurs. Certains sont restés au rang de la diffamation pour exister, d’autres paient des adwords pour se faire connaitre (certains l’ont même fait avec mon propre nom en 2009) et les meilleurs se respectent et s’intéressent comme moi aux marchés et aux segments du web. Ce sont ceux-là qui m’intéressent, les vrais, ceux qui ont compris leur intérêt dans le partage et la création. In fine, les réseaux sociaux vont ou ont remplacé le mail, il m’était rationnel de me rapprocher du futur puisque je prône le futur sur mes salons. Ma drogue à moi est le partage, vous l’avez compris.


Florent Hernandez
 : Les salons sont un bon moyen pour rencontrer de manière réelle des personnes avec qui nous pouvons être connectés de manière digitale. Quel est ton point de vue sur le Réseautage IRL versus Réseautage Digital ? Complémentarité ? Distincts ? Concurrents ? Contradictoires ?

Franck Prime : J’ai un peu répondu plus haut, un salon est un rassemblement donc l’objet même d’un réseautage en réel. Tous les e-marchands, DG, décideurs que je connais sont sur le web et font des affaires avec leur réseau d’influence ou de relation simple. L’entrepreneur digital est né, on a même un super keynote avec Estée Lauder, Restopolitan, Information Mine, la FNAC, Rue du Commerce etc… sur le T2M 2013 ; l’entrepreneur qui ne l’a pas compris va perdre, c’est couru d’avance.

J’ai sorti une phrase similaire sur France3 en 2001 au lancement du salon E-Commerce, je me suis fait casser un peu partout, c’est marrant non ? J’avais donc raison en 2001 puis 2007 et on parie pour le Web 3.0 ? Il n’y a aucune contradiction entre le réseautage IRL vs le digital, c’est même le bras armé l’un de l’autre. L’autre devenant plus puissant que l’un avec les années…


Florent Hernandez
 : Au cours de ta longue expérience dans l’organisation de salons professionnels, quelle est ta plus belle réussite ? 

Franck Prime : Celle qui viendra, et lorsqu’elle sera, je recréerai pour tout recommencer et repartir de mon libre arbitre !

J’ai vu la bulle internet, les créations massives puis les destructions à la pelle de ce monde du web, puis sa régénération et maintenant le web 3 avec des experts qui frôlent mon respect, tant chez les éditeurs, les journalistes que les influenceurs. Je suis le plus vieux du monde événementiel du web et depuis 15 ans dans le milieu des salons, je puis vous assurer que j’ai une carapace proche d’un blindage armé autant que je suis très bien entouré par mes financeurs et mes réseaux d’influence. Sinon je ne serais plus là ! J’ai eu 2 vies, ma plus belle réussite de la 1ère était E-Commerce sans aucun doute. La plus belle de ma seconde vie est le T2M, inéluctable.


Florent Hernandez 
: Si tu devais donner 3 conseils pour l’organisation d’un petit événement local thématique, quels seraient-ils ?

Franck Prime : 3 ? … Oubliez ce métier ! Ou armez-vous de patience, de réseaux, de volonté, n’ayez pas peur de perdre et de recommencer, assumez la fin car de la fin naît toujours un nouveau début et détruisez pour prouver qu’on ne peut vous attaquer sans subir de conséquence in fine.

Il y a un laïus dans l’événementiel « je suis ton ennemi, je te trahirai mais si je ne te tue pas on pourra tenter d’être amis ». Nous ne sommes pas une famille mais un conflit d’intérêts centrés sur qui a le dernier mot ou qui a le plus de puissance de feu. Ça semble dur mais ceux qui viennent déjà du monde des salons me comprendront en souriant. Ceux qui veulent y venir doivent savoir que pour 1.000, 1 seul réussira et 10 seront à la solde de choses qu’ils n’ont pas créées, et ce, toute leur vie.

Enfin, créer un salon sur une thématique passe déjà par en avoir l’expertise. C’est la base.  J’ai vu des types créer maintenant des salons sur le marketing ou le e-commerce, bonne chance ! On n’est plus au web1 ou 2 les gars ! Ou alors copiez, ce sera plus simple, c’est rentable mais bon, à la fin ça ne sert a rien car c’est perdu d’avance et comme je l’ai indiqué, il faut construire pour exister.

Voilà, vous voulez toujours vous lancer dans les salons ? Alors allez-y et si vous tombez, relevez-vous et faites un exemple. Votre ami le plus proche, celui que vous avez aidé, celui pour lequel vous avez tout donné et tout perdu, celui que vous êtes allé aider sur un lit d’hôpital après un anévrisme en vous battant pour le lui éviter, celui pour lequel vous auriez caché un cadavre dans le jardin, votre propre frère vous trahira pour de l’argent ou une sorte de truc qu’on nomme le pouvoir. On a tous un ami comme ça, vous autant que moi. Mais moi j’ai une nuance, j’ai déjà vécu ça… Et si vous vous relevez encore de cela, vous aurez gagné. Si vous ne vous en relevez pas, vous n’étiez pas fait pour les salons et c’est tant mieux pour vous.


Florent Hernandez
 : Enfin, peux-tu nous donner quelques adresses web où nous pouvons retrouver tes actus ?

Franck Prime : Il suffit de googler mon nom sur le net, je suis partout et je n’ai rien demandé, jamais. Je suis un entrepreneur digitalisé, venez voir le keynote, allez je radote là !

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