Colin McGuckin, 46 ans, est aujourd’hui l’un des plus grands spécialistes mondiaux des cellules souches. Il a fondé en 2009 la start-up lyonnaise CTI-BIOTECH, dont l’objectif est de contribuer au développement de nouvelles thérapies cellulaires et régénératrices, dans le but de faire progresser le traitement de maladies telles que l’infirmité motrice cérébrale, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète, le cancer, les malformations orthopédiques et craniofaciales, les maladies du sang et du système immunitaire, hépatiques et cardio-vasculaires.


Valérie Demyttenaere : Professeur Colin McGuckin, bonjour. Pouvez-vous en quelques mots présenter votre parcours à nos lecteurs ?

Colin McGuckin : J’ai obtenu en 1991 un doctorat de l’Université d’Ulster (Irlande du Nord) pour des travaux sur les leucémies, puis j’ai poursuivi en 1992 des études post-doctorales à la faculté de Médecine de l’Hôpital St Georges, Université de Londres, où j’étais responsable d’un programme de recherche sur les maladies congénitales des cellules souches de la moelle osseuse. En 1996, je suis devenu enseignant puis maître de conférences à l’Université de Kingston upon Thames (Londres), où j’ai fondé le laboratoire de recherche sur les cellules souches et les thérapies cellulaires le « King George Lab », en collaboration avec la faculté de médecine de l’hôpital St Georges.

CTI_Biotech

En 2004-2005 j’ai été chargé de mission pour le Ministère des Sciences Britannique afin de développer un programme de recherche transatlantique sur les cellules souches et la thérapie cellulaire en collaboration avec la NASA et cinq universités du Texas. En décembre 2005 j’ai reçu la Chaire de Médecine Régénératrice de l’Université de Newcastle où j’ai développé un programme de recherches sur les cellules souches adultes, issues du cordon ombilical et du sang placentaire, la médecine régénératrice et la thérapie cellulaire.

J’ai fondé début 2009 à Lyon l’Institut de Recherche en Thérapie Cellulaire CTI-LYON (organisme de recherche à but non lucratif dont je suis le Président) et la start-up CTI-BIOTECH dont je suis le Directeur et CSO.

 

Valérie Demyttenaere : Vous êtes l’un des plus grands spécialistes mondiaux en matière de thérapie régénérative par les cellules souches. Expliquez-nous en quoi cela consiste : quels sont les différents types de cellules souches, leurs particularités, et les enjeux médicaux à la clé.

Colin McGuckin : La médecine régénératrice est un concept nouveau qui consiste à empêcher les tissus endommagés de provoquer une maladie grave, et de remplacer ou de réparer des organes de sorte qu’ils fonctionnent mieux.

Les cellules souches sont les « fondations » de tous les organes, mais il en existe différents types :

  • les cellules souches embryonnaires sont utilisées pour des applications de recherche et sont capables de fabriquer en laboratoire un grand nombre de tissus (mais pas tous). Mais elles nécessitent la destruction d’un embryon humain et elles ne peuvent pas au jour d’aujourd’hui être transplantées chez les humains
  • les cellules souches adultes se trouvent dans tous les êtres humains ; cultivées en laboratoire, elles peuvent produire certains types de tissus humains, mais également pas l’intégralité. Les cellules souches adultes provenant de la moelle osseuse ont été utilisées pour le traitement des patients depuis plus de 50 ans et celles issues du cordon ombilical sont utilisées avec succès depuis plus de 25 ans.

La clé des cellules souches est de contrôler en quoi elles se transforment. C’est très difficile et les résultats en sont parfois surestimés dans les médias. Nous avons encore beaucoup à apprendre, et encore de longues recherches à poursuivre pour espérer aider davantage de malades. C’est à cette tâche que j’ai consacré mon travail.

 

Valérie Demyttenaere : En tant que chercheur, pourquoi les cellules souches en particulier ? Qu’est-ce qui vous a orienté vers ce type de recherches ?

Colin McGuckin : J’ai fait un doctorat, il y a maintenant une éternité, sur le cancer. Tout de suite après, j’ai travaillé dans une équipe dédiée au traitement des enfants atteints de maladies de la moelle osseuse. Il est devenu immédiatement clair pour moi que de nouvelles voies et de vraies innovations étaient nécessaires pour changer l’avenir de ces jeunes patients.

Les patients étaient traités comme un seul groupe, mais il me semblait que nous avions besoin de davantage les regarder comme des individus. C’est en effet cette notion de «médecine individualisée ou personnalisée» qui pilote la médecine régénératrice. C’est la voie à suivre pour traiter les maladies de la race humaine.

 

Valérie Demyttenaere : Après avoir beaucoup étudié les cellules souches présentes dans le sang de cordon ombilical, vous avez souhaité ré-orienter vos travaux vers les cellules souches adultes. Pourquoi cela ?

Colin McGuckin : Nous devons être réalistes dans la médecine et la science. Beaucoup de chercheurs ne sont pas innovants et suivent simplement ce que font les autres dans l’espoir de devenir célèbres et d’obtenir l’argent de bourses de recherche pour leur travail.

Les cellules souches adultes n’ont pas reçu la même l’attention des médias que les cellules souches embryonnaires, car moins spectaculaires, alors qu’elles sont mieux adaptées aux traitements de chaque patient. Pouvoir vous traiter avec vos propres cellules souches est vraiment l’une des plus grandes possibilités de la science de demain, et en fait pas seulement dans l’avenir – même maintenant. En ce qui me concerne, je ne veux pas suivre la foule, je souhaite parvenir à aider les gens aujourd’hui.

 

Valérie Demyttenaere : En 2008 vous quittez votre chaire et votre unité de recherche à l’Université de Newcastle (UK) pour rejoindre la France et y implanter votre nouveau laboratoire. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ? Et êtes-vous toujours satisfait aujourd’hui de ce choix ?

Colin McGuckin : Mon travail est pour moi une vocation ; je me consacre à aider les gens. Le contenu de mon travail est plus important que l’emplacement, ou le lieu où il est mis en œuvre. La vie nous pose également de nombreux défis et je ne pense pas que je pourrai jamais être satisfait de notre travail, car c’est la quête qui stimule l’innovation.

 

Valérie Demyttenaere : Comment est née CTI-Biotech ? Pourquoi aviez-vous besoin de créer cette structure ? Quels sont ses moyens et ses objectifs ?

Colin McGuckin : CTI-Biotech a été créée pour nous permettre de travailler de façon plus stratégique avec d’autres entreprises mondiales. L’Europe ne peut rivaliser avec d’autres régions du monde que si elle considère la façon de garder une partie de la propriété intellectuelle «à la maison».

Au-delà de ça, cette structure nous permet de mettre en place de bons partenariats, s’inscrivant dans la durée, et profitant à tous. Cela nous permet à nous de rester innovants, mais également de tracer des voies et des méthodes tournées vers l’innovation, à l’image de ce dont les universités parlent souvent, mais ont des difficultés à mettre en œuvre de manière réaliste.

 

Valérie Demyttenaere : La thérapie régénérative pourrait-elle selon vous être l’un des enjeux majeurs du 21ème siècle ? Pensez-vous que la recherche médicale puisse encore progresser sur le sujet ?

Colin McGuckin : Le défi – le vrai défi -, c’est de maîtriser la médecine régénératrice assez rapidement pour aider les gens qui en ont besoin maintenant. Les patients ont des attentes importantes. Mais le chemin vers la création de nouveaux traitements est lent, trop lent. La déception tue l’espoir. Donc, nous devons nous efforcer d’encourager les gouvernements à mieux financer ce travail afin que nous décevions le moins de personnes possible et surtout que nous puissions en traiter plus.

 

Valérie Demyttenaere : Où pouvons-nous vous retrouver sur la Toile ?

Colin McGuckin : Nous y sommes peu présents car avant tout, c’est le fond de notre travail qui est important. Certains sites parfois promettent trop et ces derniers temps, nous avons décidé de nous concentrer sur notre tâche au lieu de travailler notre présence sur le web. Nous y reviendrons en temps voulu, mais les gens n’ont jamais du mal à nous trouver quand ils ont besoin de nous et beaucoup de choses sont écrites sur nous sur Internet. Vous pouvez cependant me retrouver sur LinkedIn et sur Twitter.

Merci à Nico Forraz pour sa précieuse collaboration dans la traduction de cette interview !