Aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous introduire une nouvelle rubrique sur Business Actor : « L’Envers du Web ». Alors c’est quoi ?

Dans notre époque extrêmement connectée, quelques entreprises, quelques « happy fews », ont la chance de monopoliser toutes les attentions et de faire « la une » presque tous les jours, même si parfois ce n’est que pour faire de l’étalage de spéculations ou de rumeurs. Et ceci se produit, malheureusement, très souvent au détriment de nombreuses autres entreprises qui font également la réalité du tissu social et économique du web.

Cette rubrique L’Envers du Web est née de l’ambition suivante : redonner la parole à ces acteurs, à ces entrepreneurs (parfois à des secteurs entiers qui sont ostracisés) afin qu’ils puissent nous parler de leurs réalités, de leurs difficultés mais aussi de leurs réussites et de leurs projets.

A ce titre, nous avons eu la chance de poser nos questions à Charles Degand, co-fondateur de FundMe.fr, un annuaire de startups à la recherche de financements, qui rencontre tous les jours de jeunes entrepreneurs bourrés d’idées et désireux de faire bouger les lignes.

Thomas Bart : Si vous deviez faire le pitch pour des investisseurs de FundMe, vous diriez quoi ?

Charles Degand : Fundme.fr est l’annuaire des meilleures startups qui cherchent des fonds. La recherche de fonds est tôt ou tard un passage quasi-obligé pour les startups, dont la nature même est de se développer rapidement. La problématique de levée de fonds concerne donc toutes les startups et entreprises de croissance.

Fundme.fr s’adresse à une double cible : les quelques 10.000 startups françaises d’un côté, et de l’autre, les quelques 8.500 Business Angels actuels (ou BAs), et surtout les BAs qui vont apparaître ces prochaines années. La demande pour une plateforme de référence donnant de la visibilité aux startups qui cherchent des fonds, et donnant accès à qui veut aux meilleures opportunités d’investissement en startups, est énorme.

Nos 4 premiers mois d’activité en sont la preuve. Plus d’une centaine d’investisseurs paient pour accéder à notre base de données, et près de 300 startups sont déjà inscrites (ou en cours d’inscription). Le business model est testé. Nous sommes prêts à passer à la vitesse supérieure.

 

Thomas Bart : Vous dites « chercher à susciter des vocations de vrais Business Angels« . Pardon, mais je ne comprends pas bien cette phrase. Vous vous adressez à des gens qui sont déjà eux-mêmes des BAs, ou bien à des personnes qui auraient un capital et qui souhaiteraient l’investir directement dans des startups ?

Charles Degand : Être Business Angel, c’est investir de son argent personnel au capital d’une startup. Tout le monde est donc BA potentiel. La France manque cruellement de Business Angels (8.500 donc actuellement, contre 40.000 en Grande Bretagne), alors que la France est le pays européen qui compte le plus de millionnaires.

Fundme.fr s’adresse donc à tous les Business Angels, qu’ils soient expérimentés ou non.

  1. Les BAs expérimentés, éventuellement membres de réseaux, ne semblent pas être a priori ceux qui ont le plus besoin de la base de données Fundme.fr. En effet, ils ont accès, grâce à leur réseau personnel, où grâce à leur association de BAs, à des opportunités d’investissement en startups. Pourtant, il se trouve que nombreux sont les BAs membres d’associations qui ne sont pas satisfaits du fonctionnement de leur association, et veulent un processus plus « personnel » de sélection et d’investissement. C’est pourquoi Fundme.fr intéresse une bonne partie de ces BAs-là.
  2. Pour les BAs hors association, Fundme.fr est un outil qui change la donne. En effet, ces gens ont de l’argent à investir, ainsi qu’une bonne expérience professionnelle qu’ils peuvent faire partager aux entrepreneurs ; ils pourraient être BA, mais ne le sont pas. Pourquoi ? Par manque d’informations et/ou d’opportunités. Quand je dis que nous « suscitons des vocations de BAs », c’est parce que Fundme.fr permet à tous ces particuliers qui réunissent toutes les caractéristiques pour être BA (avoir de l’argent, une bonne expérience des affaires, et surtout le goût du risque entrepreneurial), d’accéder aux meilleures opportunités d’investissement en startups !

 

Thomas Bart : J’ai vu que vous aviez des critères élémentaires à remplir (être à un stade d’avancement suffisant pour rencontrer des investisseurs, chercher réellement des fonds, remplir son profil en intégralité) dans les dossiers des start-up qui souhaitent s’inscrire sur FundMe.fr. Quel sont les principaux défauts, selon vous, des dossiers que vous recevez ? Avez-vous déjà refusé des dossiers pour d’autres raisons ?

Charles Degand : Fundme.fr n’a que quelques mois d’ancienneté. Nous avons la chance jusqu’ici de n’avoir que de beaux dossiers. Même si nous ne sélectionnons pas directement les dossiers, notre communication est faite de telle sorte que ce sont avant tout des startups « qualifiées » qui ont été publiées sur notre site.

Grâce à notre réseau de « parrains de startups » (incubateurs, pépinières, accélérateurs, associations de BAs, jury média, concours de startups…), qui sélectionnent et redirigent vers nous leurs startups, nous avons une base de données de grande qualité. Fundme.fr n’a donc pas besoin de sélectionner directement les startups, puisque la plupart d’entre elles viennent de notre propre réseau.

Pour celles qui ne proviennent pas de ce réseau de parrains, nous avons défini nos critères d’inscription (qui ne sont pas des critères de sélection !) de telle sorte que seules des startups motivées et sérieuses seront publiées sur Fundme.fr.  Fournir un pitch vidéo est un filtre naturel très efficace, qui nous assure de la qualité d’une startup. L’un des intérêts de Fundme.fr est de donner de la visibilité à un maximum de startups en recherche de fonds. Donc à partir du moment où elles remplissent nos 3 critères élémentaires, nous les publions, et nous laissons les investisseurs potentiels faire eux-mêmes leur propre sélection.


Thomas Bart : Sur la base de votre expérience, quel est le délai moyen pour trouver des fonds ?

Charles Degand : C’est un processus long, malheureusement. Entre l’intérêt suscité par la startup chez l’investisseur potentiel, puis la première prise de contact, la première entrevue… jusqu’à la levée de fonds effective, il peut se passer entre 3 et 6 mois.

Mais il ne faut pas s’en étonner : lever des fonds est très loin d’être un acte anodin, c’est un engagement sur le long terme entre une équipe d’entrepreneurs et des investisseurs qui leur confient leur argent. Il ne faut surtout pas se précipiter !

 

Thomas Bart : Toujours sur la base de votre vécu, quelles sont les principales questions qui sont posées aux startups par les investisseurs ?

Charles Degand : Comme rappelé par Hugues Le Bret (ancien directeur de la communication de la Société Générale, et serial Business Angel), avant d’investir dans un projet, une idée, ou un Business Model, on investit d’abord dans une équipe. C’est le critère décisif. Ce que cherchera à savoir un investisseur en tout premier lieu, c’est la complémentarité de l’équipe, le dynamisme des fondateurs, leur capacité d’adaptation, d’innovation…

A part ces questions qui concernent l’équipe, les investisseurs accordent également beaucoup d’importance aux perspectives d’avenir et aux possibilités de sortie. Il faut pouvoir les convaincre que la startup dans laquelle ils vont investir a le potentiel (tout du moins sur le papier !) de devenir une entreprise puissante, et rentable ! Évidemment, étant donné que la rentabilité d’un investissement au capital d’une jeune entreprise dépend de la revente des parts, il faut aussi pouvoir prouver qu’un jour ou l’autre, ces parts intéresseront un acheteur potentiel…

 

Thomas Bart : Lors de votre premier évènement live, il y a quelques jours avec l’Atelier, vous avez dit que 30% des startups inscrites avaient reçu au moins un contact de la part de Business Angels. Pour les 70% restants, vous expliquez la chose comment ? Des dossiers moins bons ? Pas assez complets, ou pas assez explicites ?

Charles Degand : Non, loin de là ! Tout d’abord, il faut signaler que le chiffre de 30% est très encourageant. Aucune structure de financement des startups ne peut se targuer d’accorder de l’intérêt à 30% des dossiers qu’ils reçoivent !

Si « seulement » 30% des startups attirent l’attention d’investisseurs potentiels, c’est aussi parce que sur Fundme.fr, les projets sont (par défaut) triés par nombre de « Followers ». Ainsi, la startup la plus suivie sur Fundme.fr apparaît en première position dans le moteur de recherche de notre plateforme. C’est une sorte de prime au succès, car plus une startup a de followers, plus elle a de la visibilité sur Fundme.fr.

Susciter l’intérêt d’un investisseur potentiel est quelque chose de très irrationnel ; un mot-clé placé au bon endroit, un visuel qui marque les esprits, un ami qui recommande… Donc pour les 70% restants, pas de souci, votre startup sera néanmoins visible (et vue !) par de nombreux investisseurs potentiels.  Nous ne garantissons bien sûr pas que toutes les startups inscrites sur Fundme.fr trouveront leur bonheur. Nous garantissons simplement de maximiser leurs chances !


Thomas Bart : Est-ce qu’il vous arrive parfois de lire des pitchs pour des sociétés et de vous dire « mince, j’aurais adoré avoir cette idée ! ».

Charles Degand : Oui, très souvent. C’est d’ailleurs assez frustrant. J’ai plein d’idées de startups à créer. Mais chaque chose en son temps… Nous avons la chance, avec Fundme.fr, de voir passer de très nombreuses startups de grande qualité. C’est passionnant de voir à quel point l’écosystème français des startups est dynamique et innovant.

J’en profite pour répéter un lieu commun, mais qui n’est pourtant pas assimilé par bon nombre de jeunes entrepreneurs français : la plus grosse erreur que l’on puisse commettre au début d’un projet entrepreneurial, c’est de garder son idée pour soi. La paranoïa à propos de la confidentialité est un non-sens. C’est justement en confrontant son idée au monde extérieur, à des clients potentiels, que l’on pourra la faire évoluer dans le bon sens.

Une idée en soi, ce n’est rien et ça ne vaut rien. Tout dépendra de sa réalisation. Alors chers entrepreneurs, n’hésitez pas, parlez de vos idées, ne les gardez pas pour vous ! Et surtout, gardez en tête que si votre idée est si « parfaite » que vous le croyez (révolutionnaire, innovante, prometteuse…), eh bien quelqu’un l’aura déjà eue avant vous !

 

Thomas Bart : Comment voyez-vous votre propre avenir ? FundMe est-elle une rampe de lancement vers autre chose (devenir vous-même un Business Angel) ou bien avez-vous encore d’autres idées en vue pour FundMe ?

Charles Degand : Fundme.fr est une startup encore jeune, qui a de belles perspectives d’avenir. Nous avons plein de projets de diversification des activités de Fundme.fr. La France a besoin d’une plateforme de référence pour les startups qui cherchent des fonds, tout comme les USA ont Angelist ! Donc nous avons encore pas mal d’idées derrière la tête pour Fundme.fr. Ensuite, je recréerai probablement d’autres entreprises, et à terme, si j’en ai les moyens, je deviendrai Business Angel avec grand plaisir !

 

Thomas Bart : Merci beaucoup Charles. Bon courage et tous nos vœux de réussite.