Benoit Féron, co-fondateur de Modizy, nous présente sa jeune société. Modizy est « le » personal shopper nouvelle génération dédié à la mode féminine, qui habille les femmes exactement comme elles aiment ! Benoit nous fait découvrir cette plateforme très innovante ainsi que les ambitions qui l’animent avec ses associés.


David Boucard Planel : Benoit, un homme qui crée un site de recommandations shopping pour femmes, c’est peu courant ! Pouvez-vous nous expliquer votre parcours et ce qui vous a amené à créer Modizy ?

Benoit Féron : Je suis un jeune entrepreneur (25 ans) et j’ai obtenu un master 1 en management international à l’ESSEC. En parallèle, j’ai effectué un apprentissage de 2 ans dans le fonds d’investissement d’AXA, qui a paradoxalement renforcé mon envie de travailler dans une jeune startup ! J’ai alors commencé à élaborer des business plan pour des entrepreneurs en recherche de fonds, puis j’ai donné des cours de business plan aux élèves de première année de l’ESSEC.

J’ai par la suite effectué un MBA en e-business et web marketing, à l’institut Leonard de Vinci à La Défense. C’est là que j’ai rencontré mon associé actuel, Luc Falempin. Nous avons rencontré notre troisième associé, Florian Poullin, grâce à une plateforme de mise en relation entre porteurs de projets et experts. Florian commençait à travailler sur la technologie à la base de Modizy, sans être certain du domaine d’application. Nous avons alors formé une équipe et recentré la technologie sur le domaine de l’e-commerce, qui est extrêmement porteur en France (+20% en 2012), et plus particulièrement le cyber shopping feminin, plus récurrent et fréquent que chez les hommes.

Paradoxalement, être un homme a été un atout car nous sommes arrivés dans cette industrie sans aucun a priori, et nous nous sommes basés sur les demandes et envies des utilisatrices, plutôt que sur des préjugés et croyances. Au final, avec un bon entourage pour nous guider, notre offre est très objective et sûrement plus pertinente !


David Boucard Planel :
Qu’est-ce que Modizy ? Quelles sont ses cibles et comment fonctionne-t-elle ? 

Benoit Féron :  Modizy est une plateforme de « personal shopping » intelligente, dédiée à la mode féminine. Modizy permet à chaque utilisatrice du site de découvrir les dernières tendances de la mode et de personnaliser entièrement son shopping, tout en échangeant avec la communauté de shoppeuses présente sur le site. Grâce à une technologie très pointue avec laquelle les utilisatrices interagissent, Modizy ne leur recommande que des produits qui leur conviennent personnellement.

Notre système est basé sur l’intelligence artificielle et l’agrégation de grande quantité de données (notamment les avis des utilisatrices sur les recommandations qui leur sont faites). Nous pouvons ainsi extraire des profils pertinents les besoins et attentes de chaque personne, et y répondre de manière adéquate. Modizy est la seule plateforme aussi précise en termes de recommandations. Nous développons son « intelligence » chaque jour, pour la rendre encore plus pertinente !


David Boucard Planel :
Modizy n’est ouverte que depuis quelques mois et semble déjà en forte croissance. Quelle est votre stratégie pour cela ?

Benoit Féron : Nous avons lancé une version bêta en juin 2012, et le site grand public est ouvert depuis début décembre. Jusqu’à présent tous les indicateurs dépassent nos espérances. Le nombre de visiteurs est en croissance de 400%, et le temps passé sur le site progresse de 130%. C’est très encourageant ! Notre priorité est clairement centrée sur la croissance du site, sa visibilité, sa reconnaissance, et sur les partenariats avec les magazines et relais médias, notamment les magazines spécialisés.
Nous investissons également beaucoup sur des leviers marketing pour l’acquisition d’utilisateurs. A ce titre, les 210.000 € que nous avons levés récemment auprès d’un business angel vont se révéler très précieux, car ils vont nous permettre d’augmenter notre utilisation d’outils comme la publicité sur facebook, les encarts publicitaires en ligne, le viral, etc.  Acquérir de nouveaux utilisateurs et les fidéliser est la clé du succès de Modizy.


David Boucard Planel :
Modizy n’est pas encore une place de vente. Est-ce prévu dans votre plan de développement ? Quels sont votre modèle de croissance et vos ambitions pour le futur proche ?

Benoit Féron : Après une phase de croissance et de recherche de visibilité, il est fondamental pour nous d’évoluer pour devenir une place de marché, ce que nous ne sommes pas encore. Cela devrait être le cas au printemps 2013. Modizy prendra alors une dimension marchande supplémentaire et nous permettra de proposer un service complet, allant des recommandations jusqu’à l’achat. Ce sera également une source de revenus importante pour nous.

Nous ne gèrerons cependant ni les stocks ni les envois. Ce rôle restera celui de nos partenaires e-commerçants et marques, car ce n’est pas notre cœur de métier. Nous voulons simplifier l’expérience de shopping de nos utilisatrices en leur permettant d’acheter l’ensemble de leurs vêtements sur un site unique. Avec les recommandations personnalisées, c’est là que se situe notre valeur ajoutée.


David Boucard Planel :
Venons-en au modèle financier : quel est le business model de Modizy, et comment générez-vous des profits ?

Benoit Féron : Notre priorité actuelle est de fédérer une communauté d’utilisatrices, d’experts, de blogueurs, de partenaires et de magazines autour de Modizy. Nous réalisons tout de même un petit chiffre d’affaires sur les ventes réalisées, en tant qu’intermédiaire via des plateformes d’affiliation.  Lorsque la plateforme de vente sera effective, notre modèle d’affaires sera alors double :

  • En tant qu’apporteur d’affaires, un pourcentage des achats effectués sur Modizy nous sera reversé par les marques et e-commerçants présents sur la plateforme ; en traitant directement avec ces derniers, nous pouvons espérer des pourcentages plus élevés que dans les schémas traditionnels, via les plateformes d’affiliation.
  • En parallèle, nous comptons proposer, moyennant paiement, des services à très forte valeur ajoutée pour les marques partenaires de Modizy. Grâce à un tableau de bord, nous allons pouvoir leur procurer des informations uniques sur le profil de leurs consommateurs. Ces informations ont une valeur extrêmement importante pour les marques qui souhaitent affiner et cibler leurs offres. C’est en effet une clé de leur réussite en ligne aujourd’hui.

En revanche, par souhait de protection de la vie privée de nos utilisatrices, nous ne vendrons jamais leur coordonnées. Modizy agira toujours en tant qu’intermédiaire, en garant de la protection des données.


David Boucard Planel :
Le modèle de Modizy repose entièrement sur l’interaction entre consommatrices, blogueuses, e-commerçants partenaires, etc. Comment parvenez-vous à attirer et à engager tous ces acteurs ?

Benoit Féron : Tous ces acteurs ne sont pas concurrents, mais plutôt complémentaires sur le marché. Les blogueuses, par exemple, sont essentielles au succès du service.  Aujourd’hui, plus de 400 blogueuses sont partenaires ou ambassadrices de notre marque en France et constituent de vrais relais d’information auprès de notre cible que sont les femmes. Elles ajoutent également beaucoup de contenu au site, très important pour les utilisatrices, qui ont un besoin de nouveauté et d’inspiration très important.

Les e-commercants, eux, voient en Modizy un nouveau moyen de communiquer et rentrer en contact auprès de leurs consommatrices cibles, de manière plus personnalisée et efficace. Les magazines apportent une réelle valeur éditoriale, notamment dans la section « inspiration », avec de vrais conseils de mode, des articles, des tendances… Nous voulons que Modizy soit plus qu’un espace shopping, il doit aussi être un espace de découvertes, d’échanges et de tendances.


David Boucard Planel :
De plus en plus d’outils personnalisés et sociaux pour le shopping se développent sur le web. A quel point cela bouleverse-t-il nos habitudes d’achat et comment Modizy s’inscrit-il dans cette tendance ?

Benoit Féron : Le social commerce/shopping est clairement la tendance qui va continuer à croître. Les gens éprouvent un besoin de conseil fort, qu’il provienne de leur communauté proche, d’experts ou tout simplement de personnes comme eux. C’est d’autant plus vrai en ligne, où le choix énorme et l’absence de conseil « physique » peuvent être des freins à l’achat.

Modizy offre une expérience complète en proposant une expérience de shopping et découverte ludique, une validation sociale de son choix, tout en facilitant ses achats.

Le rapport à la marque a changé, et l’utilisateur est en droit d’être plus exigeant et d’avoir une relation plus poussée. Cette tendance est liée aux évolutions technologiques récentes, notamment la capacité à traiter de grands volumes de données (Big Data). La problématique de la recommandation sociale consiste à savoir bien récolter les millions de données et surtout savoir les traiter de manière efficace.


David Boucard Planel : Le e-commerce est un domaine avec un grand nombre d’acteurs, extrêmement compétitif. Comment vous différenciez-vous par rapport à vos concurrents ? Notamment Polyvore, qui vient d’être lancé aux Etats-Unis et explose rapidement, ou encore Fab ? Avez-vous des vues sur les marchés internationaux, à quel terme ?

Benoit Féron : Par rapport aux concurrents, nous sommes centrés sur une niche, la mode féminine. Des sites comme Fab, The Fancy, n’ont pas du tout la même audience, même si certaines cibles sont communes. Notre véritable différenciation est avant tout technologique, car aucun concurrent identifié ne bénéficie d’un système de recommandation aussi personnalisé que celui de Modizy. Les recommandations sont uniques, car les femmes veulent être considérées en tant qu’individu.

Nous sommes intéressés par les marchés internationaux pour leurs perspectives de croissance. Nous envisageons de nous ouvrir à l’international pour le second semestre 2013, en privilégiant l’Europe, notamment l’Angleterre et les pays scandinaves, où le niveau d’anglais et l’adoption de nouvelles technologies sont forts. Les États-Unis sont bien entendu un marché énorme, mais la concurrence y est féroce, et les coûts d’acquisition trop importants pour l’instant. C’est une belle cible, mais pas pour tout de suite.


David Boucard Planel :
Allez-vous agrandir votre équipe ?

Benoit Féron : Nous sommes aujourd’hui 6, car nous avons accueilli 2 ingénieurs et une web-manager. Nous allons également recruter quelqu’un pour gérer notre place de marché, qui est une étape très importante. Nous sommes aussi à la recherche d’un très bon développeur mobile pour Modizy, car c’est un canal majeur dans notre stratégie.

Dans un second temps nous espérons recruter une équipe commerciale, dont l’objectif sera de prendre contact avec de nouvelles marques partenaires, commerçants, et développer l’offre Modizy. L’équipe sera constituée d’une dizaine de personne à la fin 2013.


David Boucard Planel :
Benoit, quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur qui souhaite se lancer dans un domaine aussi compétitif que celui dans lequel vous évoluez ?

Benoit Féron : Dans un secteur aussi compétitif que le nôtre, il faut absolument développer un produit/service avec une forte valeur ajoutée pour les consommateurs. C’est un axe de différenciation fondamental car des milliers de projets et d’idées sortent chaque jour.

Deuxièmement, il ne faut jamais externaliser la valeur ajoutée que possède l’entreprise, c’est très important. Si vous construisez un site web par exemple, la valeur résidera dans l’expérience utilisateur et l’ergonomie, et ça, c’est à vous d’en décider les composantes, surtout pas à une agence web. C’est un principe que j’ai découvert via le livre du fondateur de Zappos et qui se révèle tout à fait vrai.

Enfin, exprimez et présentez vos idées à l’extérieur. Trop de gens ont peur de se faire « voler » leurs idées, à tort. Nous avons reçu beaucoup de soutien de professionnels et experts du web, de mentors qui nous ont accompagnés dans notre développement et nos orientations stratégiques. Mais ça ne s’obtient qu’en sortant de chez soi et en allant parler du projet aux bonnes personnes. Notre offre n’en est que plus pertinente aujourd’hui. C’est la vision qui compte avant tout.