Le Groupe Cegedim, fondé en 1969 par Jean-Claude Labrune, est une société française spécialisée dans le domaine de la santé. Ses principales activités intègrent le CRM et les Données Stratégiques pour les industries des sciences de la vie tels que les laboratoires, les Professionnels de Santé pour les médecins généralistes spécialistes, paramédicaux et pharmaciens, ainsi que les Assurances & Services pour les acteurs du monde de l’assurance et entreprises de tous secteurs.


Charles de Cassan : Alain Missoffe, tout d’abord merci d’accepter de répondre aux questions de Business Actor. Vous êtes aujourd’hui président de Cegedim Healthcare Software (CHS), l’un des principaux éditeurs européens de logiciels pour professionnels de santé. Pourriez-vous décrire le parcours qui vous a conduit à de telles responsabilités ?

Alain Missoffe : Après mes études commerciales à l’ESCP, je suis parti au Vietnam durant quatre années afin de développer le business du groupe Sanofi dans ce pays. On était au début des années 90, le Vietnam s’ouvrait timidement à l’économie de marché. Il fallait tout construire dans un contexte assez compliqué, car très administratif. Mais le développement a été tel que nous avons alors investi dans une usine de fabrication locale. Je suis resté deux ans à Hanoï puis deux autres à Ho Chi Minh Ville, l’ex Saïgon. J’ai rejoint ensuite la filiale britannique de Sanofi, près de Londres, pendant un an.

Ensuite j’ai fait une pause en poursuivant le MBA de l’Insead. Je suis alors revenu chez Sanofi, comme directeur-adjoint Europe. Au moment de la fusion avec Synthélabo, je suis devenu le collaborateur direct du patron du Groupe, Jean-François Dehecq.  Ce furent deux années passionnantes.  A 33 ans, alors qu’on me proposait de prendre la direction d’une grande filiale à l’étranger, j’ai eu envie de faire autre chose, de voler de mes propres ailes, et, en plein démarrage de l’internet, j’ai co-fondé MedExact, qui est rapidement devenu l’un des sites d’information thérapeutique les plus consultés par les médecins en France. En 2002, il a été racheté par le groupe Cegedim.

Après quelques mois passés chez Cegedim (histoire d’y assurer l’intégration de MedExact), je suis reparti dans l’aventure entrepreneuriale en créant la Soperal, à Metz, en Moselle (ma région maternelle), société spécialisée dans la prise en charge médicalisée de patients à domicile. La société s’est rapidement développée en Lorraine, Alsace, et Champagne-Ardennes. Je l’ai cédée fin 2007 à l’un des leaders français du secteur. Et à ce moment-là, Jean-Claude Labrune, le président-fondateur de Cegedim, avec qui j’étais resté lié depuis la vente de MedExact,  m’a proposé de le rejoindre, tout d’abord avec la responsabilité du développement, puis en devenant patron de CHS. Vous voyez, le fil conducteur de ma carrière, c’est la santé…


Charles de Cassan : Quelle est la mission de CHS aujourd’hui ?

Alain Missoffe : Notre mission, je dirais même notre vocation, est d’accompagner dans leur pratique professionnelle les paramédicaux, les pharmaciens et les médecins (généralistes et spécialistes), les maisons de santé pluridisciplinaires, les centres de santé, et, dans certains pays, les hôpitaux. Nous mettons en place, à leurs côtés, des solutions informatiques et des services innovants qui répondent aux besoins de leur pratique quotidienne et aux exigences techniques et réglementaires. Être à l’écoute de nos clients et répondre à leurs enjeux métier, leur apporter des solutions robustes, évolutives, adaptées aux besoins de chacun, quels que soient leurs modalités et leurs lieux d’exercice, telle est notre mission principale.


Charles de Cassan : Où êtes-vous présents en Europe ?

Alain Missoffe : CHS dispose de filiales au Royaume-Uni, en Belgique, en Italie, en Espagne, en Roumanie et bien entendu en France. Dans tous ces pays, nos logiciels sont toujours dans le trio de tête des logiciels les plus commercialisés auprès des professionnels de santé. Nous sommes également présents hors d’Europe, avec la Tunisie, le Chili, et les États-Unis, où nous sommes implantés depuis deux ans avec la société Pulse. Au total, CHS, ce sont quatorze filiales, près de 1.500 collaborateurs, et pas loin de 200.000 professionnels de santé équipés.


Charles de Cassan : Comment se porte le marché du médical aujourd’hui ?

Alain Missoffe : Les États font de l’informatisation des professionnels de santé un enjeu majeur. En France, aux États-Unis, en Belgique, les médecins sont par exemple financièrement incités à s’équiper. Le coût que cela représente pour les pouvoirs publics est sans commune mesure par rapport aux économies que cela engendre. Nous sommes donc dans un marché en croissance, ce qui, j’en conviens, est une chance dans le contexte économique actuel.


Charles de Cassan : En tant que dirigeant de division d’un grand groupe international, quelle politique de management appliquez-vous à vos équipes pour bien les accompagner dans leur action quotidienne ?

Alain Missoffe : La confiance et l’exigence sont mes deux principes de management. La confiance, car je travaille au quotidien avec des patrons de filiales très engagés dans leur mission, et pour avancer avec réactivité, il faut une confiance réciproque. Ils attendent de moi d’être capable de décider, d’assumer les décisions, de donner une cohérence d’ensemble à notre stratégie, de les aider dans des projets de croissance externe. Et de mon côté, j’attends d’eux qu’ils managent leur filiale de près, qu’ils soient à l’écoute du marché, toujours en avance sur la concurrence, et qu’ils maintiennent la motivation des équipes.

Je me déplace beaucoup sur le terrain, car les mails, les téléphones, les réunions par visioconférence ne remplaceront jamais le contact direct, face à face. L’exigence, nous nous l’appliquons tous. J’ai vraiment la chance de pouvoir travailler avec des managers de grande qualité, très attachés à l’entreprise, à son histoire, et à son fondateur. J’ai également toujours fait attention de bien mesurer mes limites. J’ai à mes côtés des hommes qui ont construit leur logiciel, qui sont des pro de l’informatique, et ils savent que je ne vais pas jouer aux ingénieurs informatiques avec eux. Mais c’est là où la confiance est capitale : je respecte leur technicité, ils respectent mon bon sens et ma vision.


Charles de Cassan : L’innovation tient-elle une place de choix parmi vos gammes de solutions ?

Alain Missoffe : Bien entendu. Certes, cela varie d’un pays à l’autre, mais que ce soient les solutions Saas, la mobilité (avec le développement significatif des tablettes), les messageries sécurisées, ou encore l’interopérabilité des systèmes, nous nous devons d’être à la pointe de l’innovation. Le fait de travailler au sein d’une même division permet à nos équipes des échanges d’expérience fructueux. Nos filiales collaborent entre elles. Ainsi, avec l’arrivée des Maisons de Santé Pluridisciplinaires, notre filiale française CLM et celle d’Espagne, Stacks, ont développé ensemble une solution web, les équipes espagnoles étant très avancées dans ce domaine.

Nous sommes également actifs dans la dématérialisation, afin de répondre aux impératifs de simplification administrative, comme par exemple, en France, pour l’intégration des télé-services de l’État. Toutes nos équipes, dans l’ensemble des pays où nous sommes présents, ont, pour citer un autre exemple, beaucoup avancé dans la prescription électronique. Nous sommes donc en innovation permanente, ce qui se reflète dans des taux de croissance très positifs de nos ventes.


Charles de Cassan : Quels sont les enjeux majeurs de votre activité ?

Alain Missoffe : Globalement, on retrouve partout les mêmes enjeux : besoin de davantage de « médicalisation » des logiciels, solutions de partage des dossiers médicaux, ponts informatiques à établir entre professionnels de santé et assureurs/mutuelles, coordination des soins, émergence de la télémédecine, arrivée de l’internet dans la pratique, avec, par exemple, la prise de rendez-vous du patient avec le médecin via le web. Les chantiers ne manquent pas !


Charles de Cassan : Le groupe Cegedim intervient dans bon nombre de domaines liés au secteur pharmaceutique. Quels atouts un tel groupe possède-t-il face aux exigences actuelles du marché ?

Alain Missoffe : Cegedim, depuis sa création en 1969 par Jean-Claude Labrune, est devenue une entreprise de technologies et de services spécialisées dans le secteur de la santé. C’est une force considérable. Industrie pharmaceutique, professionnels de santé, grands acteurs publics de la santé, assureurs : nous disposons avec tous ces partenaires et clients d’une expertise rare car très complète.


Charles de Cassan : Voyez-vous un intérêt particulier à être visible sur les réseaux sociaux ?

Alain Missoffe : Dans notre domaine, celui du monde des professionnels de santé, les réseaux sociaux s’organisent tranquillement.  Nous commençons à y être présents. Nous avons voulu observer, comprendre, sans nous précipiter. Le logiciel médical n’est pas un produit grand public. On ne peut donc pas se positionner n’importe où. Ce qui nous intéresse, ce sont les sites ouverts, dans lesquels les médecins s’expriment, et nous permettent de bien identifier leurs besoins.

Vous savez, pour comprendre un médecin, rien ne remplacera la visite sur place, dans son cabinet, dans sa pratique quotidienne. Idem pour le pharmacien. Alors oui aux réseaux sociaux,  mais tout en restant très connecté au réel….