Nous continuons avec notre interview de Michel. Après la première partie, où nous avons parlé d’entreprenariat avec  lui, nous allons creuser désormais la problématique d’investisseur.

 

Thomas Bart : J’aimerais que l’on parle de votre activité d’investisseur. Imaginez que vous devez expliquer le métier d’investisseur à une classe d’école. Il me semble que dans l’inconscient collectif français, on s’imagine qu’un investisseur, c’est un type avec un gros cigare qui donne de l’argent pour en avoir plus. Que répondre à cela ?

Michel de Guilhermier : Un investisseur est une personne qui prend des risques, investit son capital avec des chances non négligeable de le perdre, tout ou partie… Et la réalité est que au moins 1 fois sur 2 on perd beaucoup…

 

Thomas Bart : Mais n’est-ce pas réducteur de voir un investisseur juste comme un apporteur d’argent (même si le dire comme cela c’est une caricature !) ? J’ai le sentiment que l’Accélérateur a une dimension d’accompagnement et de consulting ? 

Michel de Guilhermier : Oui, certains investisseurs apportent aussi beaucoup plus que cela, ils apportent parfois même l’essentiel, c’est à dire d’une part des conseils judicieux de par leur expérience, et d’autre part une grande proximité et réactivité avec l’entrepreneur, se tenant à sa disposition presque au quotidien pour l’aider dans ses prises de décision.

C’est en effet le cas de l’Accélérateur, structure spéciale qui investit un peu d’argent mais surtout énormément de temps dans de jeunes start-up, les aidant au quotidien et en permanence, à se poser les bonnes questions, trouver les bonnes réponses et décisions.

 

Thomas Bart : Combien de dossiers l’Accélérateur reçoit-il par semaine ? Quels sont les grands défauts types des projets que vous recevez ? Quels sont les critères objectifs de sélection (au-delà de celui qui arrive avec la grande idée révolutionnaire qui va changer le monde qui est plus subjectif) ?

Michel de Guilhermier : L’Accélérateur, depuis son lancement effectif en janvier 2012, a reçu à ce jour environ 300 dossiers de candidature !

Nous avons 3 critères : il faut d’une part que le secteur nous plaise, qu’on se dise qu’il y a quelque chose à faire, à apporter au public, il faut d’autre part que la société soit frugale, c’est important pour pouvoir tenir, et enfin et surtout que l’équipe montre de réelles qualités d’entrepreneurs : humilité, ouverture, flexibilité, pragmatisme, ténacité.
Ce n’est pas tant les grandes idées qui comptent, mais la qualité de l’entrepreneur pour les exécuter. Si une idée est vraiment très bonne, elle sera reprise par de nombreux concurrents. Il faut donc être intrinsèquement meilleur… Un excellent entrepreneur fera d’une idée moyenne un bon business, alors qu’un mauvais entrepreneur va saborder ce qui pourrait être une très bonne idée.

 

Thomas Bart : Pourquoi et quand dans la vie d’une start-up faut-il contacter un investisseur ? Est-ce parfois trop tôt ou trop tard ? Y a-t-il des exemples ou des cas où cela n’est pas forcément nécessaire ? Situation qui n’arrive peut-être pas souvent, mais y a-t-il des critères de sélection par rapport au choix de son investisseur ? 

Michel de Guilhermier : On contacte des investisseurs quand on sait qu’on aura besoin de capitaux dans les 12 mois à venir ! Et autant s’y prendre à l’avance car cela prend du temps. Si on s’y prend 3 mois avant d’en avoir besoin, c’est bien trop tard. Après, il y a beaucoup de feeling, il faut que la relation se passe bien, que l’on sente l’intérêt et la valeur ajoutée de l’investisseur.

 

Thomas Bart : Je me permets de vous reposer cette question parce qu’elle me semble importante et je pense que cela peut servir comme conseils à suivre (ou à ne pas suivre) aux lecteurs de ce blog qui veulent sauter le pas de entrepreneuriat. Quels sont les grands défauts types des projets que vous recevez ?

Michel de Guilhermier : Le plus grand défaut d’un entrepreneur est de tomber amoureux de son projet et d’en perdre la lucidité ! Il faut certes être enthousiaste voire passionné, mais il faut aussi et peut-être surtout voir la réalité telle qu’elle est et non pas telle qu’on veut qu’elle soit. Beaucoup d’entrepreneurs sont tellement emballés par leur idée qu’ils oublient vraiment de se demander l’essentiel, à savoir s’il y a vraiment un marché !

Or pour créer une belle société, il faut d’abord et avant tout faire quelque chose que des gens veulent vraiment et sont réellement prêts à acheter !

 

Thomas Bart : C’est au tour de l’observateur de la vie numérique que j’aimerais m’adresser. En effet, comme vous l’avez-vous-même indiqué, cela fait un petit moment que vous naviguez dans la sphère de l’Internet. J’ai le sentiment que l’on est en train de revivre une bulle (comme en 2001 au sujet du web) mais cette fois-ci pour les applications ? Partagez-vous ce sentiment ? Tout le monde semble penser que c’est le nouvel eldorado ? (ce qui n’est pas totalement faux non plus)

Michel de Guilhermier : Ah non, je n’ai vraiment pas le sentiment qu’on est dans une bulle ! En 1999 on payait très cher des sociétés sans aucun chiffre d’affaires ou presque, et c’était général.

Aujourd’hui, ce n’est vraiment pas le cas, les investisseurs sont bien plus pragmatiques comme le montre les fortes baisses en Bourse des Groupon, Facebook, Zyngia, Angie’s List, etc.

Maintenant, il peut en effet y avoir des excès d’optimisme irrationnel, mais on est très loin d’atteindre le syndrome général qu’on avait à l’époque. Facebook a perdu 50% de sa valeur en Bourse car l’IPO s’est fait à un prix bien trop élevé, mais ça reste une société qui va générer 4Mds$ de CA et 1,3Mds$ de bénéfice net… Il y a de réels actifs derrière, même si on peut discuter de leur valeur.

 

Thomas Bart : Je voulais justement revenir sur Facebook. Je crois qu’aujourd’hui, tout le monde est d’accord que cette IPO fut désastreuse. Ceci étant dit, au-delà de l’aspect purement financier, n’y a-t-il pas tout simplement une bulle (encore une !) au sujet du social ? Je pense aussi à Pinterest qui lève des fonds pour vivre et en admettant qu’ils ne savent pas comment faire pour gagner de l’argent ! 

Michel de Guilhermier : Oui, sur le social je suis d’accord, on peut observer une certaine bulle, dans le sens où ce qui est « social » attire plus les investisseurs et leur ôte parfois leur bon sens…

 

Thomas Bart : Et pour terminer sur une question, quel est le conseil de vie que vous donneriez à un jeune entrepreneur ?

Michel de Guilhermier : Le conseil capital, clé, structurant, qui conditionne tout : avant d’aller chercher le succès, définis d’abord là où tu es le meilleur, puis va là où tu es notoirement le meilleur !
Le 1er facteur clé de réussite, c’est d’aller là où on a de réels avantages concurrentiels personnels. La bonne idée est celle qui est à l’intersection entre les besoins du marché et les qualités intrinsèques spécifiques de l’entrepreneur. Une bonne idée pour une personne n’est pas forcément bonne pour une autre.

 

Merci beaucoup Michel. Je vous souhaite bon courage pour la suite, du succès pour MotoBlouz, Inspirational Stores et j’encourage nos lecteurs à découvrir votre blog et votre twitter, très souvent, je les trouve très pertinents et intéressants.