Fondateur de l’agence interactive Blue acacia en 2000, spécialisée dans le marketing digital, la création et l’hébergement de sites Internet, François Sutter travaille actuellement chez Happy Together, un groupe de communication digitale qui intègre notamment l’agence interactive Modedemploi, en tant que Directeur Conseil.

Véritable expert en BtoB et BtoC, François Sutter apporte aujourd’hui son expertise en accompagnant les marques dans leur stratégie de communication digitale.

Business Actor vous propose de découvrir François Sutter à travers son parcours, son activité professionnelle et sa récente conférence qu’il a animée au SMX Paris qui s’est tenu les 7 et 8 juin.

Elise Boisquillon : Bonjour François. Merci d’avoir accepté cette interview pour les lecteurs de Business Actor. Pouvez-vous, en quelques phrases, vous présenter ?

François Sutter : Bonjour. J’ai une formation dans le droit des affaires et j’ai réalisé une formation courte chez HEC dans le marketing numérique.

Il y a 12 ans, j’ai créé Blue acacia, une agence spécialisée dans le développement de projets web, l’hébergement de sites et le marketing interactif. En décembre 2011, j’ai revendu ma participation dans Blue acacia et j’ai intégré Happy Together. Ce groupe de communication digitale se compose de Modedemploi, qui propose des développements techniques, de l’hébergement et la création de campagnes digitales. Happy Together intègre également It’s a good day, un studio de création audiovisuelle qui utilise des technologies avancées pour produire des films produits et institutionnels afin de véhiculer l’ADN de la marque concernée et de séduire les consommateurs.

Aujourd’hui, Happy Together emploie 30 salariés, réalise un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros et la plupart de nos clients sont des clients grands comptes depuis 12 ans ; une réelle complicité s’est donc installée.

EB : Actuellement Directeur Conseil chez Happy Together, quelles sont vos missions et qui sont vos clients au sein d’Happy Together ?

FS : Je suis en effet Directeur Conseil et mes missions consistent à conseiller les clients dans leurs stratégies digitales, à faire preuve de rayonnement – c’est-à-dire intervenir lors de conférences et de formations – et je joue également le rôle de business developer afin d’acquérir de nouveaux marchés.

Quant à nos clients, HEC est notre client historique et il occupe la première place du palmarès des écoles présentes sur les réseaux sociaux. Nous gérons pour eux toute la partie Internet, le digital et la création d’applications iPhone ce qui nous amène à être en relation avec plusieurs de leurs services comme la communication ou l’informatique.

Nous avons également plusieurs clients dans le secteur du mobile : Orange, M6mobile et Bouygues. Cela vient du fait que nous créons depuis toujours des modes d’emploi numériques de produits comprenant les fonctionnalités, caractéristiques… d’un produit, d’où nos différents clients issus de l’univers du mobile.

EB : De manière générale, y a-t-il des problématiques similaires qui reviennent fréquemment à travers vos clients ?

FS : Oui. Il y a de manière régulière des problématiques liées aux indicateurs de mesure et de performances. Pour déterminer ces indicateurs, il est nécessaire d’avoir une réflexion sur la stratégie digitale à adopter. Ainsi, si je mets en place une campagne de communication pour le lancement d’un parfum, je vais notamment m’intéresser au trafic généré sur le site, à l’engagement, à la notoriété et aux ventes.

Les clients sont matures pour s’inscrire dans une stratégie qui entre dans un cadre ROIste. Toutefois, le problème repose sur le fait que les clients ont des attentes sur les résultats. D’où la nécessité d’avoir une approche pédagogique, notamment en sachant où est la cible afin d’être présent sur les réseaux pertinents, puis d’analyser les résultats – quelles sont les dépenses et quels sont les gains – et enfin de proposer une road map qui présente de manière détaillée les actions à venir à mettre en place.

EB : Expert notamment sur les réseaux sociaux et le référencement, vous êtes récemment intervenu au SMX Paris qui s’est déroulé les 7 et 8 juin en animant une conférence sur la recherche sociale. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce terme et sur les tendances à venir ?

FS : Je suis parti de l’idée que la frontière va disparaître entre les réseaux sociaux et les moteurs de recherche. J’ai fait quelques recherches notamment à travers plusieurs dates clés.

En 2007 Microsoft investit 240 millions de dollars dans le capital de Facebook, en janvier 2010 Facebook ouvre son F-commerce, fin 2010 Bing adopte une couche sociale en intégrant les préférences de ses amis dans les résultats de recherche, en juillet 2010 Facebook est le site le plus visité aux Etats-Unis alors qu’avant c’était Google. En 2011, Google intègre le bouton +1, puis Bing renforce la personnalisation de ses résultats en intégrant Facebook, Google lance Google +, fin 2011 Microsoft et Yahoo s’associent et en janvier 2012, Google fusionne ses résultats de recherche à Google +.

Tous ces événements me font penser que les moteurs de recherche intègrent les fonctionnalités des réseaux sociaux et que les réseaux sociaux deviennent des moteurs de recherche, car il y a un objectif commun : monétiser l’audience (via la publicité par exemple). Il faut donc sans cesse capter l’audience à travers de nombreux services.

D’ailleurs Microsoft et Facebook ont des audiences supérieures à Google qui ne réussit pas à capter les internautes plus de quelques secondes. Cela peut paraître paradoxal, mais les résultats affichés sur Google sont tellement en adéquation avec les requêtes des internautes que ceux-ci ne restent pas longtemps sur Google.

Donc si je devais définir la recherche sociale, c’est selon moi le prochain modèle économique du web.

Facebook doit donc proposer de nouveaux services pour rattraper son retard par rapport à Google mais chacun a ses faiblesses : Facebook ne propose pas d’outils de bureautique et Google + ne connaît pas la même audience que Facebook. Dans tous les cas, il est important en tant que société d’être présent sur les plateformes utilisées par les clients seulement.

Je pense que Google et Facebook s’affronteront sur le mobile via les innovations technologiques. De plus, il ne faut pas négliger le potentiel de viralité de Facebook et concernant Twitter, je pense que dans quelques années, de nouvelles fonctionnalités apparaîtront comme notamment la recherche de produits (et plus uniquement de personnes).

EB : Selon vous, y a-t-il un moteur de recherche qui tend à se différencier réellement des autres et qui gagne davantage en pertinence ?

FS : Il y a des moteurs de recherche peu connus et très puissants comme Yandex, le « Google russe » qui génère 60 à 70% de trafic en Russie.

Aujourd’hui, Google a une avance considérable et un avantage en termes de fonctionnalités et de services. Mais Facebook a un réel potentiel notamment avec sa facilité à aller sur le hardware et son partenariat avec Microsoft via une entrée dans le capital de Facebook. En effet Microsoft atteint les utilisateurs tout au long de leur quotidien, que ce soit sur leur messagerie Hotmail ou leur console de jeux entre autre.

Toutefois, certains acteurs peuvent aussi entrer dans la course comme Apple avec iTunes et l’App Store qui est déjà présent sur le mobile, le hardware et la télévision.

EB : Parlons un peu de Pinterest, l’un des derniers réseaux sociaux à la mode. Quelles questions une marque ou entreprise doit-elle se poser afin de décider d’intégrer ou non cette plateforme ?

FS : Il faut avoir plusieurs niveaux de réflexion.

D’abord, il faut systématiquement se créer un compte sur chaque nouvelle plateforme, même si le compte reste inactif un certain temps, cela afin de réserver son domaine. Ensuite, il faut se demander si la cible va aller sur Pinterest et donc si ce réseau est pertinent par rapports à ses objectifs. Puis, il est important d’intégrer cette plateforme dans une stratégie globale notamment en se demandant quels services je vais apporter en plus par rapport aux autres plateformes que j’utilise déjà, qui va gérer ce travail en interne et combien de temps y consacrer.

Enfin, quelle est la satisfaction à attendre pour une marque, c’est-à-dire quels sont les moyens et quels sont les objectifs à atteindre et bien entendu suivre et optimiser les résultats.

EB : Quels conseils donneriez-vous à un site e-commerce qui n’a pas le budget pour mettre en place des campagnes AdWords et qui souhaite améliorer son référencement naturel ?

FS : J’agirai en plusieurs étapes. J’investirai 1 500€ en juin en AdWords (afin de mesurer combien cela génère de visiteurs, quelle est la navigation des visiteurs sur le site et quelles sont les ventes), j’investirai ensuite 1 500€ en juillet sur Facebook puis 1 500€ en produits offerts… en procédant de même pour tous les leviers comme l’affiliation, le référencement naturel… afin de déterminer le levier le plus pertinent.

Par exemple, si j’ai un site de vente en ligne de parfums, il est peut-être plus rentable et intéressant d’investir en offrant des échantillons. Cette démarche permet de collecter des adresses emails et/ou postales, de récupérer les avis des consommateurs et de les inviter à partager leur expérience sur les réseaux sociaux.

Cette démarche peut être plus intelligente, notamment pour les produits de grande consommation, que de dépenser sur Google. Car via Google, certes, cela va générer du trafic mais l’internaute va ensuite comparer ce produit à d’autres sans pour autant passer à l’acte d’achat.

De plus, cela permet de construire des échanges pérennes et de relancer ces consommateurs qui ont testé les échantillons lors de différentes occasions (le lancement d’un nouveau produit, une nouvelle campagne publicitaire, une promotion…). Dans tous les cas, le coût d’acquisition existe, ce qui compte c’est le modèle économique : combien coûte un visiteur et combien rapporte ce visiteur.

EB : Merci François pour cette interview sur Business Actor.

Un grand merci à François pour m‘avoir accordé de son temps et vous avoir je l’espère susciter intérêt et réflexion notamment sur les moteurs de recherche et les plateformes sociales et leur devenir.

Pour suivre François Sutter, découvrez son fil d’actualités Twitter @FrancoisSutter, et pour en apprendre davantage sur son profil et ses expériences, allez faire un tour sur son profil LinkedIn (http://www.linkedin.com/pub/francois-sutter/0/928/992) et son profil Viadeo (http://fr.viadeo.com/profile/0021uejvpaflrivh).

En bonus cette infographie réalisée par Modedemploi pour illustrer l’effacement des frontières entre les outils de recherche et les réseaux sociaux :