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Suite de l’interview diffusée hier. Nous abordons ici l’actualité de KRDS.

tomorrow's heritage singaporeLali Dugelay : Parlons des deux grosses actualités de KRDS. Vous aviez déjà ouvert six bureaux en France et en Inde, et vous venez d’annoncer l’ouverture d’un bureau à Singapour ainsi que l’obtention de votre premier client sur place (le ministère de la Culture, de la Communauté et de la Jeunesse, pardonnez du peu !). Comment avez-vous gagné ce marché singapourien, et quelle sera votre mission pour ce ministère ?  Au-delà de cela, quelles sont les particularités, obstacles, singularités, etc., rencontrées dans le fait de travailler avec des pays asiatiques (les attentes et les exigences sont-elles les mêmes, par exemple ; comment se passent les négociations contractuelles, la relation de confiance est-elle plus difficile à établir…) ?

Thomas Jestin : Cela fait quelques mois que nous évangélisons les marques, agences, et autres entités communicantes à Singapour. Nous voulions attendre notre premier contrat pour communiquer sur l’ouverture de ce bureau. Les opérations sont menées sur place par celui qui dirigeait le Business Development en Inde, un Indien brillant qui possède justement le double gène créativité/expertise technologique. Cela allié à nos références dans le reste du monde et à notre badge Facebook, voilà ce qui a permis de l’emporter. Nous aidons le « Ministry of Culture, Community and Youth » à communiquer sur Facebook par le biais d’une application concours photo qui vise à sélectionner ceux qui participeront au projet « Tomorrow’s heritage », à savoir se faire photographier chaque année devant un monument emblématique de Singapour. Les utilisateurs doivent appliquer un filtre noir et blanc à leurs photos, soumises ensuite aux votes des Singapouriens

KRDS3Singapour est un pays très business-friendly où le droit des contrats est respecté, à la différence de l’Indonésie ou d’autres pays. Nous sommes en pleine confiance et nous inscrivons dans les pas de Facebook qui y a un bureau pour toute la sous-région. S’ils arrivent à perdre leur flegme en découvrant les potentialités créatives de la plateforme Facebook grâce à nos études de cas où des formats révolutionnaires comme Custom Audiences, ils n’en restent pas moins très sensibles au prix. C’est une nouvelle aventure qui commence pour nous à vrai dire, nous n’en avons pas encore toutes les clefs !

Lali Dugelay : Une autre très belle actualité de KRDS : en avril 2013, KRDS a été la seule agence non américaine (sur 260 agences participantes et 7 récompensées) à remporter le prix de la Facebook Innovation Competition (il s’agissait de bâtir un produit innovant autour du fil d’actualités et des outils dédiés à la publicité sur Facebook, voir le détail en cliquant ici, , et ) avec votre outil Feedizr. Pouvez-vous nous parler de ce concours d’une part, de votre outil récompensé d’autre part ?

Thomas Jestin : Ce concours visait à libérer la créativité des développeurs autour des APIs publicitaires de Facebook et notamment autour des Newsfeed Ads. L’idée était de bâtir un prototype innovant à présenter au grand jury Facebook. Une formidable opportunité de briller et de prouver sa maîtrise de la technique et sa vision des besoins des annonceurs. Le concours était à vrai dire ouvert à tous, mais c’est vrai que les Preferred Marketing Developers (PMDs) étaient mieux placés du fait de leur connaissance de la plateforme.

Notre outil, baptisé Feedizr permet de créer et de cibler des campagnes de publicité dans le fil d’actualités de Facebook à partir du contenu d’un site web ou d’une application, et de données utilisateurs.

L’outil génère instantanément les publicités à partir d’un flux d’informations (ex : articles de presse du jour, produits en promotion, etc.), et détermine le ciblage approprié.

Grâce à ce mécanisme, Feedizr touche les utilisateurs les plus susceptibles d’être intéressés par un message précis.

KRDS1

Pour la Facebook Innovation Competition, c’est l’application Canal + Pronostics 1, éditée par l’agence, qui a servi de test pour Feedizr. Canal + Pronostics ligue 1 détient par ailleurs le record mondial de longévité pour une application Facebook de marque, avec plus de 100.000 utilisateurs par mois depuis sa création en 2009, sans budget média. Entre août 2012 et mai 2013, l’application a généré 28.000.000 actions sociales, et plus de 400.000.000 d’impressions sociales gratuites de marque dans le newsfeed Facebook des amis des utilisateurs (l’étude de cas est disponible en cliquant ici).

Feedizr récupérait le flux des matchs de la semaine en cours, transformait chaque match en publicité pour le fil d’actualités (ex : Paris/Marseille) et ciblait les utilisateurs Facebook ayant pour centre d’intérêt l’une des deux équipes concernées, leurs joueurs, ou leur stade. Feedizr ciblait aussi, pour chaque publicité annonçant un match, les utilisateurs de l’application dont l’une des deux équipes figurait parmi les favoris.

Lali Dugelay : Vous avez réalisé plus de 500 campagnes dans 15 pays différents pour 250 clients… En à peine 5 ans, tous ces chiffres sont vertigineux ! Quel est le profil de vos clients ? Souhaitez-vous exposer quelques cas concrets de mise en œuvre ? Le bouche-à-oreille suffit-il aujourd’hui à gagner de nouveaux marchés ou vous faut-il malgré tout prospecter, communiquer. Si oui, comment ?

Thomas Jestin : nos clients sont très variés, des agences aux annonceurs, dans tous les secteurs, qu’ils soient brick and mortar ou pure player, que ce soit pour des applis, du CM, de l’achat média, de l’accompagnement sur les autres réseaux sociaux, ou bien une combinaison de ces services. Nous avions démarré avec 80% d’agences, et pas mal de marques média, celles qui ont déjà du contenu à distribuer, mais aujourd’hui nous avons 80% de clients en direct, dans tous les secteurs, du luxe à l’automobile, en passant par la grande conso, les cosmétiques, le voyage, les banques et assurance, entertainment, télécommunications, etc.

KRDS NicolasEn ce moment par exemple nous éditons pour le caviste Nicolas un jeu « Destination Écosse » proposant aux fans de la marque de découvrir l’univers magique des Whikies de caractère. Le concept mêle retail et digital. Il s’agit d’une chasse au trésor qui permet aux utilisateurs de participer en trouvant des codes sur l’ensemble des supports du caviste, de débloquer des « mots clefs » et de les échanger avec ses amis.  Nous gérons aussi le community management de la marque ainsi que l’achat média.

Pour Air France, nous avons fait une application pérenne permettant à chaque marché de communiquer sur leurs actualités respectives.

Nous faisons aussi le community management, la gestion du média et des applications pour Babybel.

Nous accompagnons aussi par exemple Sanoflore sur les 3 dimensions média, CM et applis avec en ce moment l’Elixir des Reines avec chaque jour son lot de défis et d’échantillons à gagner.

KRDS TahgHeuerPour Tag Heuer, nous avons réalisé un “Social Hub” pour que la communauté retrouve à un seul endroit l’ensemble des contenus générés par la marque. Cet outil est au centre de leur stratégie social media.

En France, le bouche à oreille continue de fonctionner, mais cela ne suffit pas, nous avons une équipe de commerciaux dédiés, et communiquons plus que jamais, que ce soit via notre owned media (FB, TW, newsletter, Linkedin, Tblr), ou via des conférences, tribunes ou des interviews comme celle à laquelle j’ai le plaisir de répondre aujourd’hui. À l’étranger, l’essentiel passe par nos forces commerciales.

Lali Dugelay : Pensez-vous avoir gardé l’âme de start-up de vos débuts alors que vous êtes aujourd’hui à la tête d’une entreprise qui est implantée dans plusieurs pays, qui compte plus de cent salariés et qui a une croissance à 3 chiffres chaque année depuis 2008 ? Sauriez-vous définir les valeurs de KRDS, les raisons pour lesquelles on voudrait y travailler ?

Thomas Jestin : À la tête, oui, mais avec 3 associés, avec qui je suis au capital à parité. C’est un combat permanent que celui de lutter contre la bureaucratisaion, la papier-cratie, la processisation à l’extrême. Les process sont indispensables dans une boîte de notre taille, mais avant d’empiler de nouvelles tâches de reporting ou de data entry, on se demande vraiment si le jeu en vaut la chandelle. Si un process suppose que chacun renseigne chaque jour des infos, juste pour pouvoir éditer un tableau de bord  qu’on regardera 3 fois par an, ce n’est sans doute pas pertinent.

Nous sommes des presque-digital-native et ne croyons plus au support papier. Nous sommes fanas des Google apps, nous sommes tous pendus sur Skype toute la journée, les employés aux quatre coins du monde peuvent « se pinguer » et s’appeler les uns les autres sans friction. Nous avons sans doute la chance d’avoir lancé tout cela à la sortie des études, nous avons réinventé la roue dans bien des cas certainement, mais cela nous a permis de nous affranchir des lourdeurs du passé et de repartir sur des modèles neufs de gestion d’entreprise, grâce à des outils gratuits et rapides. Envoyer un Word par email n’a pas de sens en interne, nous partageons des Google Docs.

Nous avons mis en place entre autres un outil permettant à nos équipes de proposer en interne des idées d’applications à développer avec nos ressources vacantes, avec système de votes et commentaires, nous l’avons appelé « KY », K pour KRDS et Y pour la génération éponyme. Nous ne nous interdisons pas d’ailleurs à terme de le vendre à d’autres boîtes.

L’agence grossissant, la question de communication interne se pose aussi avec toujours plus d’acuité, ce que nous n’avions peut-être pas suffisamment anticipé. Du coup, nous prenons maintenant plus le temps d’expliquer notre stratégie aux employés, là où nous voulons guider notre barque dans cet océan social assez houleux. Rapprocher les différents bureaux et créer un sentiment d’appartenance à KRDS est aussi un enjeu.

Ce qui nous définit : l’audace, la persévérance, l’humilité, l’excellence technique, la créativité, l’innovation.

L’audace car nous n’hésitons pas à voir les choses en grand, comme en 2009 par exemple où après avoir lu The world is flat de Thomas Friedman, avec la confiance de mes associés, je pars en Inde avec juste un sac à dos voir comment faire pour tirer avantage des ressources en développeurs. Quatre ans plus tard, nous avons là-bas plus de 60 employés dont 20 Français.

L’audace encore quand nous partons ouvrir un bureau à Singapour, et je vous l’annonce, bientôt à Shanghai alors que Facebook n’y est pas disponible.

La persévérance, quand notre premier projet a échoué et que nous tentions de vendre des sites web aux petits commerçants parisiens en arpentant les rues de Paris pour nous financer, et qu’il a fallu que je livre des journaux pour payer les premiers stagiaires. Nous nous sommes accrochés, sans doute un peu irrationnellement, mais ça a payé.

L’humilité car nous ne nous considérons jamais arrivés, tout reste à faire à vrai dire. Tout va très vite dans l’univers des technologies, rester au fait des dernières nouveautés Facebook est un boulot à plein temps, pas le temps de nous reposer. Nous remettons notre titre en jeu constamment. Ce serait le piège, croire qu’on jouit d’une rente. Nous nous battons bec et ongles pour aller chercher des budgets. Cela vient aussi du fait que nous sommes quatre associés à parts égales, nous prenons toutes les décisions par consensus. Personne ne peut prendre une décision à l’emporte-pièce, sur un coup de tête, cela engagerait les autres cofondateurs. Tout est beaucoup plus raisonné ainsi.

L’excellence technique, portée  par mes deux associés techniques Guillaume et Thomas ainsi que nos brillants ingénieurs, que la victoire récente à l’Innovation Competition vient récompenser dûment. Nous sommes toujours à la recherche de talents dans nos domaines de prédilection comme dans ceux connexes pour élargir notre champ d’action. Nous sommes guidés par les opportunités. Une très bonne candidature spontanée peut nous amener à tout moment à recalculer de quelques degrés notre trajectoire. C’est aussi l’avantage d’avoir levé des fonds avec Axa, un des leaders mondial du Private Equity.

Enfin la créativité, nous essayons de penser aux idées les plus farfelues, dans le cadre du possible. Les brainstormings vont très loin chez nous… Historiquement, nous avons créé KRDS avec une idée d’application en tête, avant même de trouver à quel client la vendre, et non l’inverse.

Lali Dugelay : Pour conclure, que peut-on encore vous souhaiter, vous qui vivez une véritable success story ? Quelles sont les prochaines étapes de développement ? Objectifs à court et moyen terme ? D’autres régions du globe ?

Thomas Jestin : Pourvu que ça dure. Comme je disais, rien n’est acquis. Si le social media marketing n’est pas une mode et n’est pas près de disparaître, les acteurs qui en profiteront, eux, pourront changer de visage. C’est la capacité à croître, à faire de bons recrutements, à assurer un management de qualité au jour le jour, à déléguer à des talents, qui feront que KRDS pourra continuer à prospérer. Nous nous y attelons aussi bien que nous le pouvons. La morosité ambiante en Europe nous pousse évidemment à voguer vers de nouveaux horizons. KRDS n’a pas de frontière, KRDS n’a pas de nationalité. Nous avons notamment les yeux rivés vers l’Asie aujourd’hui. Le Brésil fait envie aussi. Mais demain, mon doux rêve serait de profiter de l’émergence de l’Afrique francophone !

Pour nous le succès, que ce soit personnel ou au niveau de l’entreprise, est une combinaison de chance, persévérance, et talent. Pour émerger, il faut au moins 2 éléments sur les 3. Le talent est sans doute inné même s’il se travaille, nous en avons sans doute un peu, ou pour le moins su en attirer par la suite. Ce qui est sûr, c’est que la persévérance a été de mise, et que la chance, être au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes compétences, on l’a pas mal chatouillée aussi. J’adhère au concept anglo-saxon intraduisible de « serendipity », bon plan trouvé par « hasard ».

Comme disait Coluche, « beaucoup se plaignent de ne pas avoir eu leur chance, mais ils devraient se demander combien de fois la chance s’est pointée pour rien ».

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