Henri Proglio, PDG d’EDF, a présenté jeudi dernier par lettre sa démission du Conseil d’Administration de Veolia Environnement, ont indiqué les deux groupes, confirmant ainsi une information révélée par les Echos. Cette démission intervient alors que le patron du géant énergétique français était en conflit ouvert avec Antoine Frérot, son successeur à la tête de Veolia Environnement. M. Proglio a demandé toutefois à conserver un siège pour un représentant d’EDF au conseil d’administration – au titre de la participation de 4% de son groupe chez Veolia.

 

Une démission attendue depuis longtemps

C’est une démission qui en soulagera plus d’un tant l’homme était au cœur de polémiques multiples, depuis deux ans déjà, défrayant ainsi régulièrement la chronique. Alors que la publication par la presse de ses rémunérations cumulées avait choqué l’opinion publique, en particulier dans un contexte de rigueur budgétaire, Henri Proglio avait renoncé sous la pression médiatique et politique au cumul de ses rémunérations (il percevait en sus de sa rémunération chez EDF estimée à 1,6 millions d’euros, 450.000 euros de Veolia) mais pas à sa double casquette de PDG d’EDF et de Président non-exécutif du CA de Veolia.

Depuis lors les responsables du parti socialiste avaient multiplié les déclarations pour dénoncer le conflit d’intérêt évident selon eux – les deux groupes étant concurrents sur certains contrats – et réclamaient à tout prix sa démission rapide de Veolia. C’est peu dire que « le cas Proglio » suscita à l’époque  un vif embarras de l’exécutif et jeta le trouble au sein même de la majorité.

 

Lorsqu’Henri Proglio part en guerre contre son successeur, il boit la tasse….

Né en 1949 à Antibes, Henri Proglio sort diplômé d’HEC en 1971. Il commence alors sa carrière à la Compagnie Générale des Eaux, devenue un temps Vivendi puis aujourd’hui Veolia Environnement,  qu’il rejoint dès 1972. Il en devient le directeur général trente ans plus tard suite à la démission de Jean-Marie Messier. L’homme, décrit comme un proche du pouvoir, prend en 2009 la tête d’EDF avec l’appui du gouvernement, sans pour autant  lâcher véritablement les rênes de Veolia Environnement, allant jusqu’à s’impliquer dans ses affaires internes.

En effet, alors qu’Antoine Frérot, désigné pourtant par la presse comme son fidèle « lieutenant », lui succédait lors de son départ de Veolia en 2009, Henri Proglio n’hésita pas à dénoncer publiquement la stratégie de restructuration du groupe endetté entreprise par son successeur, et à manœuvrer pour le remplacer. Il accusa ainsi M. Frérot de vouloir démanteler Veolia et chercha à le faire remplacer pour Jean-Louis Borloo.

 

Un homme en sursis ?

Menacé dans ses fonctions actuelles avec l’arrivée de la nouvelle majorité au pouvoir, et ce notamment en raison de sa proximité supposée avec l’ancien président Nicolas Sarkozy, ainsi que de ses positions ouvertement pro-nucléaires pendant la campagne présidentielle, qui le mettent en porte à faux avec le gouvernement, sa démission de Veolia a été accueillie avec relatif soulagement, sans que son maintien à la tête d’EDF ne lui soit pourtant tout à fait garanti (revoir notre article sur le sujet)

Selon certaines rumeurs, le nom de Guillaume Pépy, l’actuel patron de la SNCF, et proche du pouvoir, circule pour le remplacer avant la fin même de son mandat.