Georges Lucas, 68 ans, fondateur et unique propriétaire de l’empire LucasFilms, vient d’annoncer qu’il cède la totalité de son groupe à Disney, pour la somme de 4,05 milliards de dollars (plus de trois milliards d’euros). Mickey met ainsi la patte sur la franchise inter-galactique des Stars Wars, sur celle de l’épopée Indiana Jones, mais aussi sur un bijou high-tech, la société ILM (Industrial Light & Magic), dont le savoir-faire est universellement reconnu dans le monde de l’industrie cinématographique en matière d’effets spéciaux.

 

Un signe du destin, selon lui

Né et élevé en Californie, le jeune Lucas n’apprécie guère les études ; il se rêve plutôt en pilote professionnel. Mais à 18 ans, il réchappe miraculeusement à un terrible accident de voiture ; il reste plusieurs jours dans le coma, puis sera cloué pendant six mois sur un lit d’hôpital. Il en sort transformé, persuadé que la vie lui a accordé un sursis, une seconde chance qu’il ne doit pas gâcher… Il laisse tomber les courses et retourne à ses études, mais gardera cependant pour toujours une véritable passion pour la vitesse, les bolides de toutes sortes, et les courses de voitures, passion que l’on retrouvera systématiquement dans ses productions.

Il commence par étudier les sciences sociales, puis bascule vers le cinéma à l’Université de Californie du Sud. Il y réalise quelques courts-métrages, puis à la faveur d’un concours gagné, obtient un stage de six mois aux studios Warner Bros, où il souhaitait travailler dans le département d’animation. Celui-ci venant de fermer, il se retrouve affecté sur le tournage d’un tout jeune réalisateur, Francis Ford Coppola, avec qui il se liera d’amitié. A cette époque il étudie aussi la mythologie, qui constituera plus tard aussi une importante source d’inspiration dans ses créations.

 

Premiers pas dans l’espace

En 1969, Georges Lucas s’associe avec Coppola pour créer une société de production, American Zoetrope ; ils signent avec Warner Bros un accord de financement mais le premier film concerné par cet accord, et tourné par Lucas, THX 1138, est un échec commercial. Du coup Lucas pour s’affranchir de toute contrainte crée cette fois son propre studio : Lucasfilm Ltd. Et c’est son second film, American Graffiti, une comédie dramatique hautement autobiographique dans laquelle il dépeint la jeunesse américaine du début des 60’s, qui obtiendra un grand succès (Golden Globes, nomination aux Oscars), lançant au passage la carrière de l’acteur Harrison Ford, avec lequel il collaborera à nouveau de nombreuses fois.

Ce succès lui permet de plancher sur le scénario d’une saga de science-fiction baptisée Star Wars, qui sera retenu par la Twentieth Century Fox avec un budget octroyé de dix millions de dollars. La fiction allie combats spatiaux, mondes merveilleux et personnages extraordinaires, et surtout intègre de nombreux thèmes chers à Lucas, tels que la mythologie, la quête initiatique du héros, le sanscrit (langue qu’il affectionne particulièrement) et cette notion de « Force », sorte de perception de la vie et de ses intuitions telle qu’il a pu l’éprouver lors de son accident de voiture. Le tournage est laborieux, et Lucas pour parvenir à réaliser tous les effets spéciaux qu’il imagine pour le film, fonde en 1975 la société Industrial Light & Magic.

Le premier volet de la saga Star Wars – La Guerre des Etoiles sort aux Etats-Unis le 25 mai 1977, et c’est un raz-de-marée sans précédent au box-office américain, puis mondial. Au-delà d’une véritable révolution cinématographique, avec des effets spéciaux incroyables pour l’époque, le film s’impose comme un phénomène culturel international et devient l’un des plus gros succès de toute l’histoire du cinéma.

Suivront en 1980 L’Empire contre-attaque, puis le Retour du Jedi en 1983, qui ne seront pas tournés pas lui, mais seulement produits. Lucas qui a soigneusement négocié les droits de ces suite ainsi que ceux des produits dérivés, fait fortune et devient l’un des plus importants et célèbres producteurs indépendants des États-Unis. Il crée deux autres sociétés pour encourager les techniques de production avant-gardiste, Lucasfilm Games en 1982 et THX Ldt en 1983.

 

La collaboration avec Spielberg

C’est en 1969 que les deux hommes se rencontrent et sympathisent. Et quand Spielberg va voir Lucas, peu après la sortie de Star Wars, en lui confiant son envie de réaliser un James Bond, celui-ci lui sort le projet Indiana Jones, que Spielberg adopte avec enthousiaste. Cette saga-là comptera 4 longs-métrages au total, et reprend, à travers ce personnage d’aventurier et professeur d’archéologie, de nombreux thèmes chers à Lucas, tels que les mythes, croyances et autre recherche de reliques sacrées. Cette série élèvera également l’acteur Harrison Ford au rang de star internationale. Spielberg et Lucas retrouveront souvent l’occasion de collaborer, notamment sur Jurassic Park en 1993 (supervision des effets sonores) puis en 2006 pour le quatrième volet d’Indiana Jones.

D’autres films seront produits par LucasFilms, plus artistiquement ambitieux et qui connaîtront parfois moins de succès (Mishima, Tucker), voire même l’échec comme Labyrinthe. En 1983, le coûteux divorce de Georges Lucas l’oblige à vendre la division effets spéciaux de LucasFilms à Steve Jobs, qui vient de se faire évincer d’Apple ; ce dernier en fera la société Pixar.

 En 1999 Georges Lucas décide de relancer trois nouveaux épisodes de Star Wars, en fait les numéros 1, 2, et 3, situés chronologiquement avant la première trilogie : La Menace Fantôme, puis L’Attaque des Clones en 2002 et La Revanche des Siths en 2005. Et si ces films n’atteindront pas les sommets de la première trilogie, ils feront connaître – et aimer – la saga à toute une nouvelle génération de spectateurs…

 

La promesse d’une retraite dorée

Georges Lucas avait déjà annoncé début 2012 qu’il comptait bientôt se retirer pour « se consacrer à de plus petits projets » voire à « des œuvres philanthropiques ». Et c’est tout naturellement qu’il s’est tourné vers la compagnie Disney, seule capable selon lui de faire perdurer l’esprit qu’il avait insufflé dans ses créations.

« Nous avons le même fonctionnement, nous faisons la même chose. J’ai confiance en Disney pour prendre soin de la franchise que j’ai construite »

La transaction s’élève donc à 4,05 milliards de dollars, dont 2 milliards versés en cash à Lucas, le reste étant payé en actions Disney (40 millions d’actions, représentant un peu plus de 2% du capital de Disney, actuellement valorisé 95 milliards de dollars en Bourse). Surtout, Disney, qui a déjà racheté… Pixar à Steve Jobs en 2006, et le poids lourd Marvel, acquiert ainsi de nouvelles franchises dont le succès ne se dément pas au fil des décennies. Le groupe a immédiatement annoncé la mise en chantier d’une nouvelle trilogie Star Wars, numéro 6, 7, et 8 dont le premier volet devrait sortir en 2015, avec Georges Lucas en consultant au scénario.

Depuis sa création en 1977, la saga de La Guerre des Étoiles a rapporté plus de 4 milliards de dollars en recettes directes et produits dérivés, et 10 ans après le dernier épisode, l’argent continue toujours de rentrer dans les caisses. Disney entend bien continuer à exploiter cette manne, en déclinant la marque en jeux et émissions de télévision, et en exploitant davantage le concept dans ses parcs d’attraction. Le tout suscite quelque peu l’inquiétude chez les innombrables fans de la saga, qui craignent que leur mythe préféré ne se dissolve dans l’univers de Mickey…