Innovant et unique en son genre, Factoriaejeu de gestion économique free to play sur Internet — permet au joueur d’incarner un entrepreneur du XXe siècle  dans des parties et cartes générées aléatoirement. Libre de créer usines, points de vente, le joueur a loisir d’investir sur les marchés et les produits qui lui paraissent les plus prometteurs. Une concurrence rude. Un grand nombre de joueurs et de stratégies commerciales mises en place, voilà ce qui attend le joueur de Factoriae. Le tout dans le respect de la réalité économique du XXe siècle : les parties suivent une évolution temporelle propre et les ressources ou produits apparaissent au fur et à mesure de chaque partie pour éviter tout anachronisme, prenant ainsi garde de mettre à place un système de marché et de bourse proche de la réalité.

Encore en phase de développement, je vous propose de faire la connaissance des trois acteurs de cette aventure humaine — Ludovic Guillet, Ryan Burton & Nadège Marmolle — pour une interview à quatre tons.

Rémi De Vos : Bonjour à tous les trois. Tout d’abord merci d’avoir accepté cette interview ! Avant de partir à la découverte de Factoriae, revenons sur vos parcours universitaires et professionnels respectifs ?

Ludovic Guillet : Bonjour, merci aussi à vous et à toute l’équipe de Business Actor de nous permettre de réaliser cette interview et de partager notre expérience. Alors pour ma part, j’ai d’abord réalisé deux années de prépa Maths Sup, Math spé après mon Bac S. Initialement je voulais faire Chimie, mais je me suis découvert une passion pour l’informatique et j’ai donc poursuivi mon cursus avec une année en école d’Ingénieur en Informatique puis une 3e année de Licence en tant que Chargé de projet en Informatique.
Dans le cadre de mon parcours professionnel, j’ai réalisé mes deux dernières années d’études en Alternance comme Chef de projet/Développeur. Aujourd’hui, je suis Freelance dans le développement d’applications Web.

Ryan Burton : « Professionnel », c’est encore un grand mot ! J’ai pour ma part un parcours généraliste, gravitant paisiblement autour des sciences économiques, puis des systèmes d’information. Aujourd’hui, je travaille dans l’aéronautique — ou en marge — c’est selon ! Le reste du temps, je m’occupe de la simulation navale Das Boot.

Nadège Marmolle : En ce qui me concerne, j’ai poursuivi un parcours universitaire en arts plastiques, jusqu’à un Master en arts et sociologie de la culture. N’ayant pas (encore) trouvé d’emploi dans cette sphère, je travaille à temps partiel dans la restauration, en attendant un mieux. Ce qui me laisse du temps pour travailler sur Factoriae (et il en faut !).

RDV : Pouvez-vous nous confier quels ont été les éléments précurseurs de l’aventure Factoriae ?

LG : L’élément déclencheur — et qui nous a ensuite amené à monter ce projet — a été une discussion avec mon cousin qui rêvait de pouvoir jouer à un jeu où chacun pourrait, professionnellement parlant, être qui il veut. J’en ai parlé avec Ryan et nous avons commencé à réfléchir dessus. Nous avons finalement recentré le jeu sur l’univers industriel, mais il n’est pas impossible que dans l’évolution du jeu on introduise aussi le secteur Tertiaire, pourquoi pas ? Rien n’est bloqué !

RB : J’ai toujours adoré jouer à Industry Giant I. Puis un jour j’ai rayé mon CD : une triste histoire… Alors vous savez, quand Ludovic m’a parlé de son projet, j’ai sauté sur l’occasion. On est toujours mieux servi par soi-même, et maintenant voyez où j’en suis. Ceci dit, je ne désespère pas de venir à bout de Factoriae avec l’équipe ainsi que de retrouver une nouvelle version d’IG II compatible avec mon OS [ndlr, l’appel est lancé]. Plus sérieusement, en parallèle de Das Boot, je voulais me lancer dans un autre projet. Ca tombait à point nommé, Ludovic avait une idée. Le monde est bien fait, quand on y pense.

Ryan Burton, Fondateur du jeu en ligne Factoriae

Ryan Burton, Fondateur du jeu en ligne Factoriae

RDV : Développer un jeu de simulation économique en ligne avait un sens particulier ?

LG : Je pense vraiment que nous sommes partis sur le développement d’un jeu de simulation économique en ligne parce que l’idée nous a plu et aussi parce qu’aujourd’hui, sur le marché du jeu en ligne, il existe un manque. Nous n’avons rien prémédité, rien calculé : l’idée nous a pris, et nous nous sommes lancés à l’aventure.

RB : Au risque de me faire fusiller, j’ai toujours trouvé les jeux de gestion sur le net un peu fadasse — alors qu’ils en existent d’excellents sur support CD. Mais, il manque à ceux-ci l’aspect communautaire. Je me dis que si nous parvenons à concilier les deux, alors cela peut devenir réellement intéressant. Et puis, le XXe siècle regorge tellement d’événements historiques bouleversants : difficile de passer à coté donc ! Faire un jeu de simulation économique c’est aussi une invitation au voyage, l’occasion de traverser un épisode de l’histoire humaine qui n’a jamais été aussi mouvementé. Quoi que nous ne savons pas ce dont sera fait le XXIe siècle…

NM : Ce qui a eu un sens particulier pour moi, c’est de pouvoir m’essayer au graphisme dans un univers différent de celui de Das Boot. Et l’expérience me plaît.

RDV : Comment s’organise une journée-type quand, comme vous, on développe un projet en parallèle d’une activité professionnelle ?

LG : Pour ma part, étant Freelance, il m’arrive d’avoir des périodes où je n’ai pas de mission et cela me laisse pas mal de temps pour travailler sur Factoriae. Je n’ai pas vraiment de journée « type » il m’arrive de bosser une heure par jour sur Factoriae parce que je viens de penser à la solution du problème que j’avais la veille ou ne pas y toucher pendant trois jours et de faire une journée complète dessus après. En résumé, lorsque j’ai un trou dans mon activité professionnelle, je suis sur Factoriae !

RB : Ma journée commence à 20h. Il faut donc faire des choix car je ne dispose que d’une fenêtre très courte entre 20h et 01h. Je privilégie toujours le plus urgent, c’est-à-dire ce qui peut bloquer un autre membre de l’équipe et / ou ce qui peut nuire à l’image du jeu. Les choses les plus importantes traitées, j’alterne un jour sur deux avec Das Boot pour pouvoir avancer. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est là, le défi d’un tel projet.

NM : Pour ma part, il m’est impossible de ne travailler qu’une heure ou deux sur un élément graphique ; lorsque je commence, je pars en général pour la journée, ou au moins cinq heures. Je ne peux donc pas m’y atteler tous les jours, mais je le fais dès que possible.

RDV : Factoriae entend offrir au joueur — devrai-je dire « entrepreneur » — toute la réalité du mécanisme économique du XXe siècle. Voilà un vaste programme non ?

LG : Effectivement ! Nous ne comptons plus les soirées passées à nous arracher les cheveux à tenter de conceptualiser et « d’informatiser » certains mécanismes ! Ce qui est sûr, c’est qu’il est quasi-impossible de créer une copie conforme d’un mécanisme économique quel qu’il soit. Nous tentons de nous rapprocher le plus possible de la réalité mais nous prenons certaines dérogations quand nous ne pouvons pas faire autrement. Nous avons malgré tout tenté de mettre en place l’ensemble des vecteurs-clés du mécanisme économique. Je rajouterai qu’il s’agit aussi d’un jeu et qu’il doit être relativement abordable. Cela ne veut pas dire enfantin ou complétement vide de sens par rapport à la réalité, simplement qu’il nous a fallu rendre des fonctionnements très complexes, accessibles au plus grand nombre.

RB : Lorsque je vois le nombre d’économistes qui se sont échinés à modéliser leurs concepts économiques — avec plus ou moins de succès d’ailleurs — je me dis que nous ne sommes décidément pas sortis l’auberge. Alors oui, il a fallu faire des choix, simplifier, pour ne mettre en évidence qu’un certain nombre de concepts. C’est très probablement imparfait, aussi trouvera-t-on aisément à redire sur pas mal de points, mais l’objectif consistait à établir des choix explicités et assumés, tant que l’ensemble est cohérent. Néanmoins, il est hors de question de faire de notre paradigme une verité générale, c’est clair ! Pas d’inquiétude sur ce point, nous gardons les pieds sur terre.

NM : Et cette simplification des concepts rendant le fonctionnement abordable permettra à des joueurs néophytes en matière d’économie de comprendre et d’assimiler le jeu. Me plaçant moi-même dans cette catégorie de non-initiés, si j’ai compris les rouages du jeu, ça ne peut être que le cas de tous.

Nadège Marmolle, Fondatrice du jeu en ligne Factoriae

Nadège Marmolle, Fondatrice du jeu en ligne Factoriae

RDV : Quelle typologie pensez-vous donner du futur joueur de Factoriae ?

LG : Je pense que beaucoup de joueurs pourront trouver leur compte dans Factoriae, qu’ils soient passionnés d’économie, fans de jeux de gestion ou de jeux de simulation. Je pense que le point commun qui va caractériser tout joueur de Factoriae, c’est que chacun a de l’ambition.

RB : L’objectif étant de vulgariser le monde économique pour le rendre plus intelligible et appropriable, je ne saurais me prononcer sur une typologie bien précise. Néanmoins, je pense que les adeptes de gestion, d’histoire et d’épopée industrielle (parce qu’il y en a semble-t-il) sauront trouver leur compte. Cela nous fait un gros panel entre 7 et 77 ans … non plutôt et 13 et 77 ans, mais cela sonne tout de même moins bien.

RDV : Factoriae est une idée dont vous avez l’initiative. Avez-vous déjà été approchés par d’éventuels acquéreurs ?

LG : Nous n’avons pas encore été approchés par d’éventuels acquéreurs, nous ne faisons pas assez de bruit pour le moment. Quoi qu’il en soit, je ne pense pas (et j’en suis quasiment certain) que nous serions prêts à vendre notre projet et nos concepts.

RB : Ma maman disait toujours « chi va piano, va sano e va lontano » [ndlr, l’expression française serait « Qui veut aller loin, ménage sa monture »].

NM : Si on me fait une offre intéressante, je vends (rires) ; humour évidemment, je suis toujours du côté de mes comparses).

RDV : Avez-vous développé un modèle économique pour Factoriae ?

LG : Oui, nous en avons développé un. Il ne sera sûrement pas en place pour l’Alpha, mais nous avons pris grand soin d’y réfléchir en amont. Celui-ci est, je pense, relativement bien pensé et devrait nous permettre d’être rentable ou tout du moins d’autofinancer le jeu, cela dépendra de notre succès. Quoi qu’il en soit, nous attachons beaucoup d’importance à ce que le jeu soit free to play et qu’un quelconque investissement n’apporte pas des avantages en jeu qu’un joueur ne payant ne pourrait avoir.

 RB : Je suis un avocat du diable en puissance et un bien mauvais payeur. Aussi ma mission, c’est de faire en sorte qu’en aucun cas l’aspect monétaire ne prenne le pas sur le jeu. Moi vivant, JAMAIS ! Voilà qui est dit. Mais effectivement, l’idée est de pouvoir s’autofinancer tout en permettant de rémunérer le travail de Nadège et Ludovic.

NM : J’attends mon premier chèque d’ailleurs…

RDV : Quand prévoyez-vous l’ouverture à tous du jeu? Avez-vous anticipé le succès — ou les difficultés potentielles — de Factoriae ?

LG : Pas de date pour l’ouverture encore, courant 2012, c’est certain ! Au vu de notre avancement actuel nous pouvons peut-être parler d’été 2012 mais rien de fixé encore. Le succès nous l’anticipons toujours un peu je pense, donc nous y avons déjà pensé oui…
Pour les difficultés, je dirai qu’il peut y en avoir tellement qu’il s’avère très compliqué de toutes les anticiper. Certaines le sont, d’autres le seront si elles se présentent. Ce qui est sûr, c’est que si le jeu ne plaît pas en l’état, nous sommes toujours ouverts aux critiques et aux suggestions pour faire en sorte qu’il réponde aux attentes des « joueurs ».

RB : Ludovic a raison. Pour ma part, je me concentre pour l’instant essentiellement sur le contenu ; le reste, nous verrons bien. Chaque élément en son temps. Parons au plus important, dégageons une solution à chaque problème et nous verrons bien.

NM : Le travail graphique, et notamment la réalisation de la carte qui est un gros morceau dans ma mission, me demande beaucoup de temps et de motivation. Et bien évidemment, l’ouverture du jeu dépendra aussi de mes résultats dans la conception graphique. Vivacité et qualité.

RDV : De nouveaux projets en parallèle ?

LG : Pas pour le moment non, un projet d’une telle envergure prend déjà énormément de temps (en dehors de nos activités professionnelles) et nous sommes entièrement investis dans Factoriae.

RB : De mon coté, no way. À moins de réduire mes journées de travail et de ne plus dormir, c’est impossible en l’état. Même avec toute la bonne volonté du monde, il faut savoir admettre qu’une journée ne fait que 24h. La gestion de Das Boot et de Factoriae me vole tout mon temps — ceci dit, si je n’aimais pas cela, je ne le ferais pas.

NM : Factoriae me prend déjà beaucoup, beaucoup de temps. Mais quand ce projet aura abouti, et si mes collègues me proposent autre chose, pourquoi pas !

RDV : Quels conseils pourriez-vous donner à de jeunes entrepreneurs qui comme vous souhaitent lancer leur projet ?

LG : Déjà, d’être original dans la conception de leur projet. Il faut savoir ce qui existe, ce qui n’existe pas et ce qui aurait du succès si cela existait. Ensuite, il faut s’entourer et s’accrocher ! La phase de conception est toujours une phase très excitante, celle de développement est beaucoup plus dure, éreintante. C’est pour cela qu’il faut être bien entouré : ainsi, nos collègues nous remotivent lorsque nous avons une baisse de moral et inversement. Et le conseil le plus important je pense, c’est qu’il faut y croire !

RB : Il y aura toujours des gens pour vous dire que votre projet est infaisable / inapproprié / déraisonnable (rayez la mention inutile). En vérité, le seul que ça regarde c’est VOUS. Donnez vous les moyens de réussir, foncez, gardez la tête froide et gravissez les marches du succès (ou whatever) et peut être, oui vous pourrez vous retourner et contempler tout le chemin parcouru. Vous échouerez peut être, et alors ! Vous n’en ressortirez que plus grand. Aussi, je vous exhorte à vous lancer. Enrichissez-vous du monde qui vous entoure, de toutes ces découvertes que l’on fait lorsque l’on s’investit vraiment et peut-être vous réussirez. Le reste, c’est bien joli, mais l’essentiel, je crois, c’est vos tripes…et ce que vous en ferez.

NM : Motivation, courage, conviction et confiance en soi.

Factoriae

Pour plus d’informations sur le jeu Factoriae et l’avancement du développement,
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