Erik Izraelewicz est décédé dans la soirée du mardi 27 novembre 2012, des suites d’un infarctus survenu dans son bureau du Monde dont il avait retrouvé le poste de directeur depuis février 2011. Cet homme reconnu par ces pairs pour son professionnalisme et son indépendance journalistique a quitté sa rédaction tel un capitaine de bateau, debout à la barre.

 

Un élément brillant

Né le 6 février 1954 à Strasbourg, Erik Izraelewicz est diplômé d’HEC à 22 ans, du centre de formation des journalistes à 24 ans et docteur en économie à 25 ans.IL fait ses débuts à L’Usine nouvelle puis rejoint L’Expansion en 1981. Il se consacre au journalisme économique grâce à ses compétences d’analyse aussi bien des Etat que des entreprises.

Fin connaisseur du monde politique, il s’était fait rapidement des amis bien placés et avait un véritable talent pour obtenir des informations, tout en sachant différencier les informations importantes des banalités.

Le MondeEn 1985, il participe avec une quarantaine de journalistes à la création de La Tribune de l’Économie puis en 1986, il rejoint Le Monde en tant que journaliste au service « économie, chargé de la finance ». Il en gravit rapidement les échelons et devient chef du service économique et social en 1989. Erik Izraelewicz fut l’un des plus jeunes rédacteurs à occuper cette fonction. A la tête de ce service, il développa et mis en valeur la partie économique du journal. En 1991, il est nommé éditorialiste économique. Par la suite, il devient correspondant  à New York entre 1993 et 1994.

En 1996, il est nommé rédacteur en chef puis en 2000, il quitte le journal pour devenir rédacteur en chef et éditorialiste aux Echos.

 

Toujours fidèle à ses convictions

Aux Echos, il développe la partie généraliste du quotidien, amène son réseau et ses relations mais surtout ses idées et son expertise. En 2007, à peine nommé directeur de la rédaction en remplacement de Jacques Barraux, il mène la bataille contre le rachat du journal par Bernard Arnault. Véritable chef de la lutte, il emmène tout le monde dans son sillage. Communiqués et conférences de presse, pétitions, mobilisation des lecteurs, tout est bon pour garder l’indépendance du quotidien. Il perd cette bataille et quitte Les Echos mais gagne le respect de tout une profession luttant pour son indépendance.

Il rejoint ensuite logiquement au même poste le quotidien économique La Tribune, dont il avait fait partie de l’équipe fondatrice en 1985, emmenant avec lui quelques-uns de ses anciens collaborateurs du Monde. Cette aventure-là ne durera que deux ans ; laminé par la crise, le quotidien sera revendu par son propriétaire Alain Weill, et Erik Izraelewicz s’en va en juillet 2010. Avant de reprendre le collier au Monde, il rédige un un nouveau livre sur la Chine, L’Arrogance chinoise.

Car parallèlement à ses fonctions, Erik Izraelewicz a toujours trouvé le temps d’écrire des ouvrages qui sont autant de références dans le domaine économique. Son esprit visionnaire a annoncé et décrit les révolutions économiques de notre début de siècle : Ce Monde qui nous attend, 1997 ; Le Capitalisme zinzin, 1999 (Prix du livre d’économie), Quand la Chine change le Monde, 2005, (Prix Aujourd’hui), tous parus chez Grasset.

Erik Izraelewicz était un homme mystérieux avec une ligne de conduite simple : être proche des gens tout en gardant son indépendance. Il a amené Le Monde dans l’ère du numérique en rendant son journal rentable. Bouleversée, la rédaction lui a dédié la Une et deux pages. Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale du Monde, résume l’état d’esprit général :

Il y a une grande tristesse en plus du choc. C’est un journal dont l’identité est tellement forte que ça nous porte beaucoup dans ces cas, ça rassemble les gens, on se sent tous +très Monde+ et ça nous permet d’aller de l’avant.