C’est par le biais d’une conférence de presse tenue ce lundi 5 novembre que Renault vient de lancer une petite bombe dans le ciel – hélas fort limité en France selon les amateurs – du marché des petites sportives : en partenariat avec la marque anglaise Caterham, qui fabrique la Seven, la marque au losange entend relancer la fabrication de la plus mythique des voitures de sport françaises, l’Alpine, reine des rallyes dans les années soixante-dix. Et c’est à Carlos Tavares, Directeur des Opérations de Renault, fou de vitesse et lui-même pilote de course, que l’on doit cette résurrection inespérée.

 

Un pur produit du sérail

Né en 1958 au Portugal, mais parfaitement francophone (il a fait ses études au lycée français de Lisbonne), Carlos Tavares a ensuite intégré Centrale dont il sort diplômé en 1981. Il intègre directement Renault après l’école, comme ingénieur tenue de route d’abord, puis en tant que responsable des études liaison au sol en 1985. Il occupe ensuite divers postes en grimpant peu à peu les échelons, jusqu’à être nommé Directeur de projet Mégane II en 1998, puis Directeur du programme « véhicules gamme moyenne » en 2001.

En 2004 il rejoint Nissan, cinq ans après l’alliance Renault/Nissan ; là encore son ascension est parfaitement maîtrisée (Directeur de programme, puis Vice-président en charge de la stratégie produit et du plan). En 2005, il est nommé Vice-président exécutif de Nissan et fait son entrée au Conseil d’Administration. Il prend la responsabilité des opérations de Nissan dans la région Amériques en 2009. Et c’est tout naturellement vers lui que se tourne Carlos Ghosn pour remplacer Patrice Pelata suite à la pénible « fausse » affaire d’espionnage au terme de laquelle ce dernier se verra contraint de démissionner (Cf. notre article sur le sujet)

Carlos Tavares est nommé Directeur général délégué aux opérations de Renault le 1er Juillet 2011, avec comme challenge principal de sortir la marque au losange de la profonde déprime qu’elle connaît à cette époque-là : chute du volume des ventes (moins 29,3% par rapport à l’année précédente), retards répétés sur le programme électrique, et grosse démotivation des cadres, secoués par « l’affaire » et devenus méfiants vis-à-vis de la hiérarchie…

Mais l’homme n’a jamais eu peur des défis, et il l’a déjà amplement prouvé en pilotant de main de maître le programme Mégane 2 en 1997. A l’époque, un chantier stratégique pour la marque (2 milliards d’euros), la gamme Mégane devant représenter 50% des profits du constructeur ; en dix-huit mois, il fallait intégrer tous les paramètres, techniques, industriels et commerciaux, de production des nouveaux modèles, tout en s’attachant à respecter à la fois les délais, les coûts, la qualité. Il y gagnera ses galons et le respect de ses pairs.

 

Objectif : faire renaître Alpine de ses cendres

La société Alpine a été fondée en 1955 par Jean Rédélé, concessionnaire Renault basé à Dieppe (Seine-Maritime) qui a créé sa première sportive sur une base de 4CV. La plus célèbre des Alpine reste sans aucun doute l’A110, aux lignes épurées et aux performances de championne, qui sera l’une des reines des rallyes pendant une décennie à partir de la fin des années 1960, allant jusqu’au titre mondial en 1971 et 1973. Surtout, l’A110, la fameuse « Berlinette », délicate à piloter, exiguë, mais d’une légèreté et d’une agilité phénoménales, deviendra à l’époque l’emblème des voitures de sport françaises.

Mais la marque ne saura pas par la suite négocier les nouveaux tournants industriels du secteur ; dans les années 1980, les Alpine A310 puis GTA tenteront sans succès d’inventer une sportivité haut de gamme à la française. L’A610, dévoilée en 1991, sera le dernier modèle produit sous le nom Alpine – malgré la reprise officielle par Renault – mais trop chère, trop peu fiable, elle ne rencontrera pas le succès escompté et Renault annoncera piteusement fin 95 l’abandon de la marque.

L’annonce faite donc de recréer le mythe ne pourra que réjouir les nostalgiques – et ils sont nombreux  – d’une certaine sportivité à la française. En s’inspirant (de façon à peine voilée) du succès constaté de la Mini et de la Fiat 500, Renault semble avoir compris tout l’intérêt de la stratégie « faire du neuf avec du vieux », ou comment surfer sur la vague du rétro/vintage tant couru de nos jours. D’autant plus facile à mettre en œuvre quand on dispose comme ici d’un véritable patrimoine culturel tel que la marque Alpine.

Le nouveau modèle sera donc construit en partenariat avec la société Caterham. Celle-ci ne produit qu’environ 400 véhicules par an, des voitures spartiates mais ultra-légères, et aux dires des amateurs, diaboliques sur la route, à l’instar d’une Lotus par exemple. Les investissements seront partagés entre les deux partenaires et les autos fabriquées à Dieppe, en Seine-Maritime, retour au berceau de la marque (actuellement l’usine Renault dédiée aux modèles les plus sportifs du groupe français, tels la Clio RS). Les fans seront sensibles à l’attention et ne pourront que se réjouir d’un partenariat aussi « ciblé »…

Carlos Tavares entend bien retrouver « l’ADN de l’Alpine ». Lui qui possède sa propre – bien que modeste – écurie de course, Clementeam Racing (du nom de sa fille aînée, Clémentine) – et qui ne louperait pour rien au monde une course où il pourrait s’aligner au volant par exemple d’une Nissan World Series, a certainement dû user de toute son influence pour faire revivre l’ancien mythe français.

On évoque ça et là une puissance de 200 à 250 chevaux, pour un poids légèrement supérieur à 1 tonne et une longueur de 4,3 mètres maximum ; un modèle petit donc, mais puissant et maniable, taillé pour se faire plaisir. La voiture pourrait voir le jour d’ici 3/4 ans environ, pour une production estimée à quelques milliers d’exemplaires par an. Le prix devrait se situer dans une fourchette de 35.000 à 40.000 euros.

Difficile encore de savoir à quoi ressemblera l’Alpine du 21ème siècle, toutefois le récent concept-car A110-50, designé par Laurens Van Den Acker,et présenté au GP de Monaco en juin dernier, permet peut-être de s’en faire une petite idée… diablement séduisante !