Ben Kaufman a toujours été un homme pressé de créer, d’inventer et surtout de collaborer. A l’âge de 18 ans lui vient l’idée d’une paire d’écouteurs rétractables pour iPod. Sans compétences, financements ou collaborateurs, rendre son idée concrète lui semble bien difficile. Devant sa passion, ses parents n’hésitent pourtant pas à hypothéquer leur maison et à donner à leur fils les 185 000 dollars obtenus en lui disant : « Montre nous ce que tu sais faire ! ».

N’hésitant pas à faire des allers-retours en Chine pour vérifier la production de ses accessoires — ou à abandonner l’université (on peut appeler ça le syndrome Zuckerberg…) pour se consacrer à son projet — Ben Kaufman va réaliser un coup de maître au salon Macworld de 2006.

Ben_Kaufman

Arrivé sans aucun produit à présenter sur ce salon prestigieux, il va au contraire demander à la communauté présente, et aux internautes, de proposer des idées d’accessoires pour produits Apple et d’en développer un en 72h ! 30 000 personnes présentes au salon répondent à l’appel ! Sa société, Mophie, bénéficie alors d’une visibilité virale sans équivalent, et le produit gagnant — un étui / décapsuleur pour iPhone — sera retenu et vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires ! Ben Kaufman se voit confirmer, avec cette expérience, ce à quoi il croit depuis toujours : le développement collaboratif de produit, ou « social product development », est promu à un avenir radieux, à condition de permettre à chacun de pouvoir présenter ses idées au monde.

En effet, pour un entrepreneur, transformer une idée de produit en objet tangible et commercialisable se révèle un vrai parcours du combattant, tant les compétences à maîtriser sont nombreuses et complexes : marketing, design, levée de fonds, production, vente, etc.. Très peu « d’inventeurs » détiennent cet ensemble de connaissances. C’est pourquoi un grand volume d’idées, même brillantes, restent souvent lettre morte.

Sur ce constat, Ben Kaufman fonde la plateforme Quirky en 2009. Elle est entièrement basée sur le « développement social  de produits» et permet à toute personne de présenter une idée répondant à un problème qu’il rencontre au quotidien. Rien de révolutionnaire jusque-là … Et pourtant, chaque semaine, ce sont près d’un millier d’idées qui sont proposées sur la plateforme Quirky, pour un coût unitaire de 10 dollars par idée. Ces « idées » peuvent prendre des formes et niveaux de développement variables : cela va de la simple observation liée à un problème à la description précise d’un prototype.

C’est la présence d’une forte communauté de conseillers, appelés « influenceurs » (100 000) par Quirky, qui fait le succès de ce modèle, en modifiant les idées, en proposant des alternatives ou en nommant le produit. Les deux projets ayant obtenu le plus de votes et « d’influence » chaque semaine sont retenus.  Ils passent alors en phase de « développement » et c’est alors qu’entrent en jeu les équipes de Quirky, qui réunit en son sein les principaux corps de métier (designers, ingénieurs et spécialistes du marketing et développement de produit). Une version « bêta » du produit est développée par ces derniers puis mis en « pré-vente » sur le site de Quirky afin de tester le potentiel commercial du produit.

Si un certain seuil est atteint, la preuve de l’attrait du produit est alors validée et celui-ci est définitivement sélectionné pour être mis en production à grande échelle et mis en vente sur le site de Quirky ainsi que dans un ensemble de magasins partenaires de la société (plusieurs centaines sur le territoire américain).

Avec tant de personnes impliquées dans le processus de développement, la première question qui se pose est celle de la partition des profits. Afin d’optimiser l’implication des membres de la communauté et inciter les inventeurs à déposer leurs idées, Ben Kaufman a imaginé un modèle astucieux et évolutif, qui récompense toute personne ayant apporté sa contribution au développement du produit. La plateforme est ainsi capable, selon un algorithme, de calculer un pourcentage de profit qui revient à chaque influenceur, en fonction de son impact sur le développement du produit !

Chaque influenceur touche par la suite des « royalties » sur la vente des produits, une fois ceux-ci commercialisés ! Quirky garde 70% des profits et en redistribue 30% aux influenceurs, le premier d’entre eux étant bien sur le créateur de l’idée. Ce modèle d’affaires unique est très addictif et peut rapporter gros. L’inventeur du produit phare de Quirky, une multi-prise flexible, a ainsi touché 150 000 $ en 2011 ! Et les 700 influenceurs du produit ont également touchés leur part du gâteau !

Convaincu que les communautés du monde recèlent des trésors d’ingéniosité, Ben Kaufman est en train de prouver au monde que son intuition était la bonne. Avec ce système, Quirky met en vente 2 nouveaux produits par semaine, un rythme qu’aucune grande entreprise ne peut suivre à l’heure actuelle… D’une simplicité angélique et répondant souvent aux petits problèmes quotidiens, ce sont des produits créés par le peuple, pour le peuple.

Le modèle d’affaires est également très bien pensé. En rétribuant les personnes impliquées, Quirky peut s’appuyer sur une communauté de plusieurs milliers de professionnels, à un coût extrêmement bas, tout en gardant 70% des profits et la propriété intellectuelle des produits !

A 23 ans, Ben Kaufman est en train de révolutionner le développement de produits de consommation. Les investisseurs ne s’y sont pas trompés, l’entreprise ayant levé près de 26 millions de dollars, et devrait générer un chiffre d’affaires de 10 millions pour 2011.

 

Le modèle va-t-il être dupliqué par des concurrents ? Difficile de répondre mais si une idée de génie vous traverse l’esprit, vous savez maintenant où aller !

www.quirky.com

 


[1] Tout le monde peut devenir « influenceur », à condition de s’inscrire sur le site.