Anne Lauvergeon, 53 ans, est une dirigeante française d’entreprises, dont l’importance a contribué au façonnement du modèle industriel hexagonal depuis plus de 20 ans.

Entrée en 1978 à l’École normale supérieure, elle en sort avec l’agrégation de sciences physiques, et poursuit sa formation pour devenir ingénieure du corps des mines. Après un premier contact avec le monde du travail sidérurgique, comme ingénieure, c’est en qualité de chargée d’études économiques qu’Anne Lauvergeon effectue ses premiers pas chez Usinor [1]. En 1984, elle effectue un deuxième stage à l’Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) [2], structure au sein de laquelle elle étudie les problématiques relatives à la sûreté chimique en Europe.

De 1985 à 1988, Anne Lauvergeon accepte de prendre la responsabilité de l’Inspection Générale des Carrières (IGC) [3] à la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) Île-de-France. Puis, entre 1988 et 1989, elle est nommée adjointe du chef de service au Conseil Général des Mines (aujourd’hui Conseil Général de l’Industrie de l’Énergie et des Technologies).

En 1990, Anne Lauvergeon est chargée de mission pour l’économie internationale et le commerce extérieur à la Présidence de la République par le biais (et auprès) de François Mitterand. Le magazine Time la classe alors parmi les 100 personnes les plus influentes dans le monde.

En 1995, elle ajoute à son jeu une nouvelle carte : le secteur bancaire. Elle devient associée-gérante de la banque franco-américaine Lazard, dont elle démissionne deux ans plus tard.

Le mois de mars 1997 est le symbole de son accession au poste de Directrice générale adjointe d’Alcatel, préliminaire à son entrée au comité exécutif du groupe.


Areva : genèse d’un groupe à portée internationale

En juin 1999, le Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie de l’époque — Dominique Strauss-Kahn — lui permet d’accéder à la fonction de PDG du groupe industriel nucléaire Cogema. Souhaitant faire de cette entreprise un groupe intégré, rassemblant sous une unique entité les fonctions d’exploitation industrielle, de retraitement en passant par la conception et la fabrication des réacteurs nucléaires, Anne Lauvergeon, avec d’autres sociétés, fonde, en juillet 2001, la nouvelle entité qui prend le nom d’Areva. Elle accède tout naturellement à la tête du groupe, entrant ainsi dans le très (trop) petit cercle des femmes dirigeantes de groupes d’envergure internationale. Les démarches qu’elle entreprend conduisent le groupe vers un processus d’expansion internationale, au sein d’un secteur industriel particulièrement concurrentiel.

En 2007, au lendemain de l’élection présidentielle, elle décline le poste de Ministre des Finances, ce qui tend ses relations avec le pouvoir nouvellement entré en vigueur. Elle siège néanmoins à la Commission pour la Libération de la Croissance française (Commission Attali) en 2008. La même année, elle prend place au Comité de l’Énergie Atomique, en qualité de personne qualifiée dans le domaine scientifique et industriel.

En juin 2011, Areva enregistre sa première perte opérationnelle. À cette annonce, et après 10 ans à la tête du groupe, Anne Lauvergeon n’est pas reconduite à ce poste sur décision personnelle du Président de la République. La même année, en juillet, elle est nommée à la présidence du Conseil de surveillance du titre de presse quotidienne Libération.

Novembre 2012 marque le retour au domaine énergétique, avec sa nomination par l’actuel gouvernement pour prendre part au Comité de pilotage du futur débat national sur la transition énergétique.

Fin janvier 2013, Tom Enders, PDG d’EADS, souhaite la nomination d’Anne Lauvergeon, ainsi que de Jean-Claude Trichet et Bernard Thorette au Conseil d’Administration d’EADS. À ce jour, pour valider son entrée, ne manque que l’approbation de l’Assemblée Générale d’EADS, devant se tenir en mars 2013. Cette entrée, si elle était validée, pourrait sans conteste être considérée comme un marchepied de choix pour accéder à la présidence du groupe aéronautique européen.

[1] En 1986, Usinor fusionne avec Sacilor, et plus récemment, en 2002, avec deux autres acteurs pour former le groupe européen Arcelor. En 2006, une OPA hostile lancée par le groupe sidérurgique indien Mittal Steel Company conduit les deux groupes à fusionner pour fonder le groupe ArcelorMittal.
[2] Aujourd’hui Commissariat de l’Énergie Atomique et des Énergies Alternatives
[3] L’IGC est un organisme en charge de l’administration et du contrôle des anciennes carrières souterraines et des catacombes de la viel de Paris.